LIVRE XII. CHAP. I.
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grand païs ne sçavent ce que c’est que de cultiver la terre, ils ne viventque de la chair des bêtes, 8c qu’avec les bêtes. Qui ne íçait qu’on yvoit des éléphans, des lions, des léopards en quantité 8c d’une forceprodigieuse, des bustes très-beaux, 8c des autruches d’une grandeurprodigieuse ? Tous animaux dont on ne trouve aucun dans l’Europe.Timée cependant garde fur tout cela un profond silence, 8c semble 'n avoir pris à tâche que de nous débiter des fables.
II n’est pas plus fidèle fur l’Iste de Corse. Sur ce qu’il en dit dansson second Livre, on diroit que tout est sauvage dans cette Isle, chè-vres, moutons, beufs, cerfs, lièvres, loups, & encore d’atitres ani-maux. Les habitans, selon lui, ne font autre métier que d’aller à lachaste de ces fortes de bêtes. II est cependant certain qu’il n’y a«ans l’Islç de Corse aucun de ces animaux qui soit sauvage, mais feu-lement des renards, des lapins 8c des moutons. Le lapin vû de loinressemble à un lièvre; mais quand on le prend, on s’apperçoit qu’iln a du lièvre ni la figure ni le goût. II naît pour l’ordinaíre fousterre - La raison pourquoi tous les animaux paroissent là être fauva-§ es > c’est que comme l’Isle est couverte d’arbres, 8c qu’elle est plei-ne de rochers 8c de précipices , les pâtres ne peuvent pas suivreseurs bestiaux dans les paccages. Quand ils trouvent quelque lieu propre
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autre. Quand on décend dans l’Iste, 8c que<fcs beufs paître seuls, on veut les prendre, ces animaux qui ne fontpas accoutumez à se laisser approcher, prennent d’abord la fuite. Si lepâtre sonne alors de fa trompette, ils accourent à toutes jambes a lui.La-destùs les étrangers les croient sauvages , 8c Timee, faute d exa-men , s’y est trompé comme les autres.
Au reste ce n’est pas une chose fort surprenante que de voir ces ani-maux dociles au son d’une trompette. En Italie ceux qui nourrissentdes porcs ne le font pas dans des pâturages séparez. Ils ne suivent pasleurs troupeaux comme on fait dans la Gréce. Us marchent devant,8c de tems en tems sonnent d’un cornet. Les porcs suivent 8c courentau ion de cet instrument, 8c chaque troupeau a tellement l’habitudede distinguer le son du cornet de celui à qui il appartient, que celaparoît incroiable à ceux à qui on en parle pour la première fois. Com-me on fait en Italie un grand usage des porcs , on en élève une gran-de quantité, (moindre cependant que dans l’ancienne Italie chez lesEtrusques 8c les Gaulois-,) de forte qu’une truie feule en nourrit mille,8c quelquefois davantage. On les conduit hors des étables, les mâlesséparez des femelles ou distinguez selon leur âge. Mais plusieurs trou-peaux se trouvant assemblez dans le même lieu, comme il n’est paspossible de les garder en particulier, 8c qu’ils se confondent enfem-
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