, 74 HISTOIRE DE POLYBE,
■dieíTè de Seipion, & cela lui fit naître l’envie d'avoir une conférenceavec lui , 11 luj eqvoia un. héraut pour lui dire qu’il seroit bien aise des’entrçtenir- avec hfi íur les affaires présentes. Scipion répondit qu’il I evouloit bien , ëti.qu’ií, lui .seroit dire le lieu & le tems qu’ils pourroientse voir. Le lendemain Maísinisia arriva amenant avec lui six mille hom-mes de pied & six mille chevaux. Scipion le reçut gracieusement, &le félicita de s’ètre soumis tout le Roiaume de Syphax ; puis se mettanten marche il alla camper vers Nadagare, dans un poste qui outre lesautres avantages n’étoit éloigné de l’eau que d’un jet de trait. De làil envoia dire au Général des Carthaginois qu’il étoit prêt à l’é-coûter.
Annibal à cette nouvelle leva le camp, & Rapprochant jusqu’à en-viron trente stades des Romains, campa fur une hauteur qui lui pa-roissoit fort avantageuse j à cela près qu’elle étoit trop éloignée de l’eau ?ce qui faisoit beaucoup souffrir ses troupes. Le jour d’après les deu*Généraux sortent chacun de leur camp avec quelques cavaliers, qu’ibfirent ensuite retirer. 11s s’approchent l’un de l’autre, n’aiant avec eu*que chacun un truchement. Annibal salue le premier, Sc commenceainsi : ,, Je voudrois de tout mon cœur que les Romains & les Car-„ thaginois n’eufìent jamais pensé à étendre leurs conquêtes, ceux-la,, au-delà de l’Itâlie, ceux-ci au-delà de l’Afrique, & qu’ils se su fientrenfermez les uns & les autres dans ces deux beaux Empires que 1*nature sembloit avoir elle-même séparez. Mais nous avons d’aboi'épris les armes pour la Sicile, nous nous sommes ensuite disputé 1*domination de l’Espagne, enfin aveuglez par la fortune nous avon$été jusqu’à nous faire la guerre chacun pour notre propre patrie, &c’est encore là que nous en sommes aujourd’hui. Appaifons ense 1la colère des Dieux, si cela peut se faire; bannissons enfin de sl° Scœurs cette jalousie opiniâtre, qui nous a jusqu’à présent armez l eSuns contre les autres. Pour moi instruit par l’expérience combien ^fortune est inconstante, combien il faut peu de chose pour tomb^dans fa disgrâce ou mériter íes faveurs, comme elle se joue dc§hommes, je fuis très-disposé à la paix. Mais je crains fort, Scipidj'que vous ne íòiez pas dans les mêmes sentimens. Vous. êtes dansfleur de votre âge, tout vous a réussi selon vos souhaits en Efpag slS& en Afrique , rien jusqu’à présent n’a traversé le coursvos prospériez-> quelques fortes raisons dont je me serve pour vo« sporter à la paix , vous ne vous laisserez pas persuader. CependaU cconsidérez je vous prie combien l’on doit peu compter fur la fo rta 'i, ne. Vous n’avez pas besoin pour cela de chercher des exemples dafl s1’anriquiré, jettez les yeux fur moi. Je fuis cet Annibal, qui ap reSla bataille de Cannes, maître de presque toute l’Italie, allai q u ^Tque tems après à Rome même, & qui campé à quarante stades ^
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