LIVRE XV. CHAP.
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voir même la disposition du Général Romain, jufqu’alors inconnue, & d’en démê-ler le mouvement, qui suivit d’un moment le combat.
Rien ne marque plus l’adresse, l’expérience & l'habilete d’un Général d’armée,que de fçavoir bien cacher ses mouvemens & la disposition de son ordre de bataille,
& 1 on peut dire qu'il est de deux Généraux comme de deux joueurs, dont celuiqui ne couvre point son jeu donne prise & avantage à l’autre; au lieu que celui quiIçait le cacher vient plus sûrement à bout de la partie.
Parmi les belles & grandes qualitez de Scipion pour la guerre, il excelloit particu--fièrement dans celle de cacher la connaissance de ses mouvemens & de son ordre debataille.
On peut remarquer dans toute fa conduite qu’il s’éloigna presque toujours de lacommune opinion de la tactique des armées, qu’il s'écarta presque toujours des ma-ximes communément reçues. Ses mouvemens & ses évolutions générales étoient íìsimples, si légéres & si nouvelles, qu’on ne pouvoit s’en appercevoir que lorsqu’iln ’y avoit plus de moien de changer & de se mouvoir sans un danger & une perteaiíurée.
Annibal vit avec étonnement fa première "ligne dans une entière déroute, & fortaprès la seconde, dont la défaite vint uniquement des fuiards,^ qui la renversèrent1 enveloppèrent eux-mêmes dans leur désordre, 8c ainsi pele-mele ils fuirent à tra-Vers dans la plaine avec tout le trouble & la confusion de gens qu’on taille en pièces.
H n’étoit pas difficile à Annibal de réparer au plutôt le désordre de sa première li-£ne, lorsqu’il s’apperçut qu’elle commençoit à plier : car fans parler des espaces qu’ilPouvoit ouvrir à sà seconde ligne pour donner passage aux fuiards en poussant en arric-re 11 n certain nombre de files, il avoit deux moiens plus assurez, si la tête ne lui euttourné. Qu’avoit-il fait alors de son esprit, de son bon sens & de son expérience?j fievoit bien prévoir que k défaite de k première entraineroit infailliblement celle de3 seconde. Elle lui devenoit donc inutile. Il eut tout le rems de faire cette réflexionflc donner ses ordres. Pourquoi ne le fit-il pas? Un esprit médiocre l’eût pû faire.
Les choses étant en ces termes, il n’avoit plus d'autre ressource que dans une gran-re solution. II pouvoit ouvrir en deux sa seconde ligne, lorsqu’il s’apperçut dusauvais état de ft première, & étendre ses ailes de telle forte, que laissant un libreP aí %e aux fuiards, il enveloppoit totalement les Romains à leurs ailes, & se jettoit^urs flancs & fur leurs derrières, pendant que fa troisième, qui étoit toute fraî-p e > eût marché pour remplacer la première, & de cette maniéré les Romains fe fusee i nc vû attaquez de front &c de tous les cotez; il les eût trouvé fatiguez & recrus, Un combat fort opiniâtre; ce qui pouvoit lui donner la victoire, malgré la défaiteQe k cavalerie , que Laelius & Maffinifla pourfuivoient sottement 8c sans jugement.ç ,J e dis plus, il pouvoit encore sauver sa seconde ligne, lorsque la première fut dé-aite - Le combat y fut longtems douteux, il eût pû fe servir de ce moment, & par-* a gcant fa troisième de la même maniéré que j'ai dit qu’il pouvoit faire à fa seconde.
? a première & sa seconde ligne aiant été renversées & mises en déroute, Annibal,A". etolt à fa troisième, vit avancer cette nuée de fuiards, fans qu’il lui fût défor-a « possible de remédier à un mal qui venoit purement de lui & de la mauvaise dif-po Mon de so n ordre de bataille, & non pas de k faute de fes soldats, qui furentPqtoi ,romp ;z qne vW „
eu i • ma ! ns ' étoient bien ordonnez, pressant & chassant ces fuiards devant0R X ’ es itèrent sur k troisième ligne; ce qui produisit plusieurs événemens: carat taquoít aux endroits où l’ennemi s'en étoit débarassé. De l’autre part les Car-
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