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Tome VI.
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LIVRE XV- CHAP. V- 205

On ne doit donc pas dans une Histoire s’étendre íùr des gens de cet-te efpéce, comme on feroit pour un Agathocles, pour un Denis, cesdeux Tyrans de Sicile, & pour quelques autres qui se sont rendus cé-lébrés par leurs grands exploits. Quoique Denis tirât íbn origine de lalie du peuple , & qu’Agathocles, potier par état, ait quitté jeune laroue, l’argile & la fumée, comme parle agréablement Timée, pourvenir à Syracuse, tous deux, chacun en son tems, parvinrent à la di-gnité de Tyrans de cette ville, qui en grandeur & en richesses n’avoitpas alors son égale. Devenus eníùíte Rois de toute la Sicile, ils con-quirent encore quelques parties de l’Italie. Agathocles poussa plus loinses conquêtes, il entra dans P Afrique, & mourut enfin comblé d’hon-neurs & de prospérité?. Scipion avoit une si haute idée de ces deuxTyrans, qu’interrogé quels hommes il croioit s’être le plus distinguezpar la science du gouvernement & par une hardiesse prudente & judi-ueuse, il répondit que c’étoit les deux Siciliens, Agathocles & Denis.C’est fur des personnages de ce mérite qu’ilfaut arrêter ses lecteurs, leurfaire envisager les vicissitudes de la fortune, & les porter à faire fur ces évé-Uemens des réflexions salutaires. Mais pour cet autre Agathocles, dontnous parlions plus haut, ce feroit lui faire trop d’honneur. C’est la raisonpourquoi je me suis étudié à raconter simplement la maniéré tragiquedont il avoit fini fa cariére. U ne autre raison a été, que Punique avantageque l’on puisse procurer par le récit des événemens terribles, .c’est d’en don-ner la connoiíïànce. Une description trop longue, un tableau trop étudiéde ces tristes objets, non seulement est inutile, mais fait encore quelqueP ei ne aux spectateurs. Quand on veut instruire ou par les yeux ou par les° r eilles, deux choses font à considérer, le plaisir & futilité, & ces deuxchoses doivent être surtout le but de PHistorien. Or un détail trop étendude ces sortes de faits n’est ni agréable ni utile. 11 n’est point utile, car il n'ya personne qui voulût imiter ce qui arrive contre la raison. II n’est pas nonplus agréable, car quel plaisir y a-t-il à voir des choses qui répugnent à lana ture & aux notions ordinaires? On a d’abord quelque envie de les voirde les entendre pour s’assûrer qu’elles sont possibles. Mais on s’en tientj ?} Lc l’on n’aime point à s’y arrêter longtems. Que ce que l’on raconteloit donc propre ou à produire quelque utilité, ou à faire quelque plaisir,foute description exagérée & qui s’écarte de ce but, peut avoir lieu dansUne tragédie, mais elle ne convient point du tout à !'Histoire. Je ne par-donne ces exagérations qu’à des Historiens qui n’ont jamais étudié la natu-r f.’ & .flni ne sçachant rien de ce qui s’est pasle dans le reste de Punivers,s imaginent que les événemens dont ils font témoins ou qui leur ont été ra-contez, surpassent tout ce qui est arrivé de plus extraordinaire & de plusa mirable dans les siécles passez. C’est pour cela que fans y penser ils décri-tre? T" . ucoup d’emphase des faits qui ont déja été décrits par d’au-5 & flU! n’apportent à leurs lecteurs ni utilité ni plaisir.

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