rz6 HISTOIRE DE POLYBE,
sans gorges, fans éminences, fans rivières5 c’est une chose avouée detout le monde. D’un autre côté l’on ne disconvient pas qu’il est im-possible ou du moins très-rare de rencontrer un terrain de vingt stadesou plus, qui n’offre quelqu’un de ces obstacles. Quel usage ferez-vousde votre phalange, fi votre ennemi, au lieu de venir à vous dans cetheureux terrain, fe répand dans le païs, ravage les villes Sc fait ledégât dans les terres de vos alliez ? Ce corps restant dans le poste quilui est avantageux, non seulement ne sera d’aucun secours à vos amis,il ne pourra íe conserver lui-même. L’ennemi maître de la campagne,fans trouver personne qui lui résiste, lui enlèvera ses convois de quel-que endroit qu’ils lui viennent. S’il quitte son poste, pour entrepren-dre quelque chose, ses forces lui manquent, Sc il devient le jouet deses ennemis. Accordons encore qu’on ira l’attaquer fur son terrain rmais si l’ennemi ne présente pas à la phalange toute son armée en me-même tems, & qu’au moment du combat il l’évite en se retirant, qu’ar-rivera-t-il de vôtre ordonnance ?
II est facile d’en juger par la manœuvre que font aujourd’hui les Ro-mains. Car nous ne nous fondons pas ici fur de simples raifonnemens,mais fur des faits qui sont encore tout récens. Les Romains réem-ploient pas toutes leurs troupes pour faire un front égal à celui de 1*phalange, mais ils en mettent une partie en réserve & n’oppofent qu el’autre aux ennemis. Alors soit que la phalange rompe la ligne qu’ellea en tête, ou qu’elle soit elle-mème enfoncée, elle fort de la difpositio 11qui lui est propre. Qu’elle poursuive des fuiards, ou qu’elle fuie de-vant ceux qui la pressent, elle perd toute fa force. Car dans P un ^l’autre cas, il fe fait des intervalles que la réserve saisit, pour attaque, 1 'non de front, mais en flanc '& par les derrières. En général, puifqu’ l ‘est facile d’éviter le tems Sc toutes les autres circonstances qui donnesì’avantage à la phalange, Sc qu’il ne lui est pas possible d’éviter touç^celles qui lui sont contraires, n’en est-ce pas aísez pour nous fn^concevoir combien cette ordonnance est au-destòus de celle des Romains •Ajoutons que ceux qui fe rangent en phalange fe trouvent dans lede marcher par toutes fortes d’endroits, de camper, de s’emparer de spostes avantageux, d’assiéger, d’être assiégez, de tomber fur la mar ch edes ennemis lorfqu’ils ne s’y attendoient pas. Car tous ces a acidessont partie d’une guerre, souvent la victoire en dépend , quelques» 1 *du moins ils y contribuent beaucoup-. Or dans toutes ces occasions 11est difficile d’emploier la phalange, ou l’on l’emploieroit inutilementparce qu’elle ne peut alors combattre ni par cohortes ni d’homm e £homme: au lieu que l’ordonnance Romaine, dans ces rencontres ^mes, ne souffre aucun embarras. Tout lieu, tout tems lui conviens rl’ennemi ne la surprend jamais, de quelque part qu’il fe présente, r,,soldat Romain est toujours prêt à combattre, soit avec l’armée ent> e