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Tome VI.
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4 ío EXEMPLES DE VERTUS

„ chalance ne sied pas à un Scipion. Cela Fait voir que vos sentí-„ mens sont fort au dessus de ceux du vulgaire. De mon côté je„ m’offre de tout mon coeur á votre service. Si vous me croiez pro-„ pre à vous porter à une vie digne du grand nom que vous portez,„ vous pouvez disposer de moi. Par rapport aux sciences pour lef-3 , quelles je vous vois d u goût & de l’ardeur, vous trouverez des se-„ cours susiil'ans dans ce grand nombre de Sçavans qui viennent tous„ les jours de Gréce à Rome: mais pour le métier de la guerre, que„ vous regrettez de ne pas sçavoir, j'ose me flatter que je puis plus33 que personne vous être de quelque utilité ". Alors Scipion me pre-nant les mains, 8c les serrant avec les siennes : „ Oh, dit-il, quand3 , verrai-je cet heureux jour, où libre de tout autre engagement, Sc„ vivant avec moi, vous voudrez bien vous appliquer à me former„ l’eíprit 8c le cœur. C’est alors que je me croirai digne de mes an-„ cêtres ". Charmé & attendri de voir dans un jeune homme de sinobles sentimens, je ne craignis plus, sinon que le haut rang que tenoitfa famille dans Rome 8c les grandes richesses qu’elle poísedoit, ne gâ-taisent un si beau naturel. Au refle depuis ce tems-là il ne put plu 5me quitter, son plus grand plaisir fut d’être avec moi; 8c les différen-tes affaires, où nous nous sommes trouvez ensemble, ne faisant queserrer de plus en plus les nœuds de notre amitié , il me reípectoitcomme son propre père, 8c je le chériffòis comme mon propre enfant.

Ce que Scipion souhaita d’abord 8c rechercha avec le plus d’ardeur,fut de se faire la réputation d'hom me sage 8c rangé dans les mœurs, Scde surpasser de côté-là tous les Romains de son âge. Autant que cet-te ambition étoit noble, autant il étoit difficile à Rome d’y persévérer.La plupart y vivoient dans un dérangement étrange. L’amour y em-portoit la jeunesse aux excès les plus honteux. On y étoit livré auxfestins, aux ípectacles, au luxe, tous désordres qu’on n’avoit que tropavidement pris chez les Grecs pendant la guerre contre Perfëe. L adébauche fut portée si loin par les jeunes gens, que plusieurs d’entreeux donnoient jufqu’à un talent à un garçon pour se satisfaire.. On nedoit pas être surpris que la corruption fût alors à son comble. La Ma-cédoine subjuguée, on crut pouvoir vivre dans une sécurité parfaite, Scjouir tranquillement de stem pire de l’Univers. Qu’on ajoute à ce re-pos l’abondance extraordinaire où les particuliers 8c la République &trouvèrent, quand les dépouilles de la Macédoine eurent été appâ-tées à Rome, on cessera d’être étonné de la corruption qui y régnoisalors.

Scipion sçut se préserver de cette contagion. Toujours en gard econtre ses passions, toujours égal à lui-même, jamais il ne se démen-tit. Aussi au bout de cinq ans fut-il regardé dans toute la ville corst"me un modèle de retenue 8c de sagesse. De là il passa à la générosité,