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Tome VI.
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E T D E V I C E S. 47 1

toutes les loix divines ò 1 humaines ! Le Roi fit ensuite remarquer àScipion, qu’il étoit de son intérêt de finir au plutôt la guerre ; que,sans parler de cas imprévus, sélection des nouveaux Consuls appro-choit, & qu’il étoit à craindre qu’au commencement de l’hiver un au-tre ne vînt lui ravir, fans savoir mérité, tout shonneur de son expé-dition. iLmilien fit réflexion sur cet avis de Guluflà, ^ & lui dit d’an-noncer au Gouverneur de fa part, qu’il lui accordoit a lui, a fa fem-me , à ses enfans & à dix familles parentes ou amies la liberté & lavie, & qu’il lui permettoit d’emporter de Carthage dix talens de sonbien, & d’emmener six de ses domestiques à son choix. Guluflà, avecdes offres qui dévoient, ce semble, ‘être si agréables à Asdrúbal, serendit au jour marqué au lieu de la conférence. Le Gouverneur yvint aussi de son côté, mais en vrai Roi de théâtre. A son habille-ment de pourpre, à fa démarche lente & grave, on auroit dit qu’iljouoit un premier rôle dans une tragédie. Naturellement Afdrubalétoit gros & replet, mais ce jour-là l’enflure de son ventre & l’enlumi-nure de son teint marquoient qu’il avoit fort ajouté à la nature. Onl’auroit pris pour un homme qui vit dans un marché comme les bœufsqu’on engraisse, plutôt que pour le Gouverneur d’une ville dont lesmaux étoient inexprimables. Après qu’il eut appris de Guluflà lesoffres du Consul : Je prens les 'Dieux & la fortune à témoins , s’é-cria-t-il, en se frappant la cuifïè à grands coups redoublez, que le So-leil ne verra jamais Carthage détruite & Jljdrubal vivant .Un homme de cœur rìejl nulle part plus noblement enseveli que sousles cendres de fa patrie. Résolution généreuse , magnifiques paroles& qu’on ne peut pas ne point admirer; mais quand il s’agit de lesmettre en exécution, l’on voit avec étonnement que ce fanfaron estle plus foible & le plus lâche des hommes. Car premièrement, tan-dis que les citoiens mouroient de faim, il fe régaloit avec ses amis,leur fervoit des destèrts somptueux, & se faisoit un embonpoint quine fervoit qu’à faire remarquer davantage la disette & la misère oùétoient les autres. Car le nombre tant de ceux que la faim dévo-roit que de ceux qui defertoient pour l’éviter , étoit innombrable.II railloit les uns, infultoit aux autres, & à force de sang répanduil intimida tellement la multitude , qu’il fe maintint dans une puis-sance aussi absolue que le seroit celle d’un Tyran dans une ville heu-reuse 8t dans une patrie infortunée. Tout cela me persuade que j’aicu raison de dire, qu’il seroit difficile de trouver des gens qui se res-semblassent plus que ceux qui alors dans laGréce & à Carthage étoienta la tête des affaires. La comparaison que nous ferons dans la fui-te de ces Chefs, rendra cette vérité plus sensible.

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