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Tome premier.
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XCIX
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,* DE LA COLONNE xcíï?

kîìz -ey est tìne bonne preuve. Ce Capitaine 1 bravé & résolu, se trouvant engagé enfaíè campagne Contre dix-huit mille Suisses, tous piqiiiers, s’en alla au-devant, quoi-qu’il n’eût qué six mille chevaux & quelque infanterie à lui opposer. Le choc futrude,& Carmignole rompu & rnisen fuite. Cette homme déterminé ne se décourageapoint, la honte lui servit d’aiguillon pour avoir sa revanche tout fur le champ. IIrallie fa cavalerie & revient à la charge ; mais lorfqu’il fe vit à une certaine distancede l’ennemi,, il fait mettre pied à terre à fes gens-d’armes, qui étoient armés de tou-tes pieces, & fond fur l’cnnemi ferré & en bon ordre. II en vient aux mains, s’ouvrcun passage à travers cette forêt de piques, en gagne le fort, & ces piques deviennentinutiles & fans effet à cause de leur trop grande longueur; les Suisses font enfoncés,la tuerie fut d’autant plus affreuse, que les soldats des premiers rangs étant rompus,les autres dont les piques étoient à demi baissées, ne pouvoient les présenter à l’enné-mi, qui les ferroit de trop près: ce qu’il y avoir de plus fâcheux & de plus triste,c’est que les rangs qui restoient encore en entier pressoient en reculant ceux qui é-toient derrière, & ceux-ci par un courage mal entendu pouílòient les autres qui lesprécédoient: de forte que le prestement réciproque des rangs & des files leur ôta lémoien de mettre l’épée à la main, au lieu qu’ils enflent dû les lâcher. Le carnage futtel, qu’il ne s’en est guéres vu de pareil : de toute cette armée il ne resta que troismille hommes, qui mirent armes bas ; le reste fut étendu mort fur le champ de ba-taille. Cet éxemple, qui est très-remarquable, est une preuve de Fafcendant quel’audace &>l’habileté ont furie nombre, & Davantage d’une arme fur Fautre.

Cette action de Carmignole démontre évidemment la foiblesse d’un corps de piqués,& prouve en même tems que la trop grande longueur d’une arme est un défaut très-effenticl, comme je le fais assez voir dans mon Traité manuscrit des armes blanches;c’est ce qui m’a fait préférer la pertuifanne à la pique,

J’ai lû dans les Mémoires de Villars, qui est un Auteur estimable, & qui écritplutôt les actions du Maréchal de Brifiac, un des plus grands Capitaines de Ton sié-cle, que l’Histoire de son tems; j’ai lû, dis-je, dans,cet.Auteur, un éxemple d’in-telligence militaire qui me surprend, & qui rn’en donne une grande idée, pour nepas dire qu il la remplit entièrement. Je n’ai garde de laiflèr échaper un morceau decette nature, je vais le donner tel que je l’ai lû. '

„ Je ne veux à ce propos oublier dcrc-préfenter ici une nouvelle forte de combat quen le Maréchal avoìt inventée, pour s’en servir le jour de la bataille. Mais en premier,, lieu, dït-ìl , ” il faut fçavoir que Sântìcl est situé en une grande campagne traversée„ de long en long, & jufqu’au-delà de la ville, d’un profond ruisseau, large de sept à„ huit pieds, duquel les ennemis avoient détourné i’eau. Le Maréchal donc, qui l’a-„ voit piéça fort curieusement reconnu; à la même-intention qui fe présentoir lors,„ avoit délibéré de marcher avec Farinée tout le long de ce ruisseau, qu’il farcirait d’ar-„ quebuziers: &que d’autre côté il couvrirait l’armée par les flancs avec quarante cha-„ riots armés, chargés de vivres, chacun d’eux accompagnés de deux sacres & dix„ arquebuziers, qui sortiraient & fe retireraient par les intervalles qu’il y aurait d’un„ chariot à Fautre. En tête d’un chacun bataillon, il y devoir avoir, au derrière des„ deux premiers rangs de piquiers, cent fort résolus soldats, aiant chacun un bouclier &„ une épée courte & large de quatre doigt, &bien affilée, avec commandement qu’en„ meme tems que les bataillons s’entrechoqueroient avec les piquiers, de fe courber par„ dessous les nôtres ; & ainsi courbés, fe jetter dans les jambes des ennemis, & leur5 , tailler force jarretières rouges, estimant que ce ferait une exécution & une forme" nouvelle de combat, qui donnerait grand avantage aux nôtres & le contraire auxennemis, lesquels étant investis ne pourraient laisler les piques à leur défense.

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