22 HISTOIRE DE POLYBE,
elles auront fans doute besoin. Ce conseil suroît été le plus beau du monde s’il seK>t trouvé un Hiéron dans cette assemblée, avec les mêmes qualités de cœur & d’ef-prit, & le même pouvoir d’agir comme bon lui fembleroit, & selon les mœurs &l’esprit des deux nations qui étoient en guerre: mais il falloit là un Hiéron, & ces sor-tes de gens ne font pas aisés à trouver, il est peut-être unique.
Si la neutralité des Vénitiens n’a pas été trop bien ménagée, & si elle n’a pas eu toutle succès qu’ils s’en étoient promis, on ne doit pas le trouver fort étrange; c’est unpoint fi difficile que ç’eut été une espece de miracle, s’ils eussent réussi. L’Histoirenous fait aísez voir, qu’il n’est rien de plus rare, qu’un Prince qui se maintient neutre& inviolable entre deux grandes Puiílànces. Bienheureux les pacifiques, cela est vrai,dit Bayle en parlant de neutralité, quant à F autre monda , mais dans celui-ci ils fontmisérables. Ils veulent être marteau , cela fait que continuellement Us font enclumes àdroit & 1 gauche. Mais ce que je trouve de bien singulier, c’est la conduite desFrançois ou la politique qu’ils observèrent à l’égard des Vénitiens; il me paroît quel’on agît avec eux avec un peu trop de ménagement, On témoigna de la crainte, oùil n y avoit rien à redouter. On baisiòit tous les jours d’un ton & les Vénitiensl’élevoient à mesure ; cela 1 alla si loin dans les deux premières campagnes, quele Sénat se mit fur le pied de louer ou de faire paier le dommage que l’on seisoitdans nos marches & dans nos campemens. A ne rien dissimuler cela doit paroîtrepresque incrokible. A ce désintéressement on joignoit quelquefois des dégâts & des ma-raudes imaginaires, on fuioit des menaces à des gens qui avoient les armes à la main,qui étoient en pouvoir de se faire craindre , & de les obliger de sc déclarer de gréou de force ; nous usions de prières où il • étoit besoin d’ordonner. Car quandmême ils sc scroient tournés contre nous, nous n’en eussions guéres été plus mal,& ç’cût été même un avantage pour les François ; car en prenant poste, en nousétablissent dans leur pais de terre senne au delà de l’Adigé, nous eussions fait la guer-re avec beaucoup plus d’avantage & de sûreté, puisque par là nous nous portions fui'les pafíàges par où les Impériaux entrèrent dans f Italie, que nous étions en état d’in-sulter Vérone, ou de l’assiéger, de lâcher nos corsaires fur les Vénitiens, démangerleur pais & de conserver le nôtre, & que c’étoit le seul moien de renvoier les Im-périaux d’où ils étoient venus.
On reconnoît tous les jours, dit un Auteur, la solidité de cc-rtaines maximes duGénéral Larmier, qu’ii ne faut point souffrir qu’un Prince neutre demeure armé, par-ce qu’on ne peut s’asiùrer de lui, & qu’il est toujours en état de prendre un parti se-lon le succès du vainqueur ; qu’on doit l’aller chercher chez lui pour le contraindre àse déclarer; il dit cela à propos des Princes d’Allemagne, qu’il est important, dit-il,de traiter les armes à la main & de les réduire à la nécessité de s’accommoder à leurdésavantagé. Toutes ces maximes ne pourroient-elles pas se rétorquer contre les Prin-ces d’Italie, & particulièrement contre les Vénitiens, qui sont les plus puissans &les plus avantageusement postés de l’Italie? Car pour les autres Puiílànces de ce pais,je ne crois pas que les François aient besoin de politique pour empêcher quelles neleufnuisent.
Le Prince Eugène ne se fût pas plutôt avancé fur l’Adigé, qu’ón s’apperçut qu’Rusoit d’une politique toute contraire, moins circonspecte & moins timide; il fourag c3les Vénitiens & les marauda avec toute la tranquillité possible, sens aucun ménagement*II n’ignoroit pas qu’ils ne s’écarteroient jamais de la neutralité, quelque botte qu’onleur portât. Ils craignoient trop qu’en se déclarant ils ne devinssent la proie du victo'rieux, fi le malheur vouloit qu’ils courussent la fortune du vaincu. Ils furent traité 3en gens dont on redoutoit peu la puiílànce. On n’achetá pas leurs marchandises, oíl