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Tome premier.
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L I V R E I. C H A R I. 2 z

les leur prit, & on les faiíbic contribuer fous le nom de prêt, lors même qu on pilloitleur pais. Ces idées chimériques d arbitres, de ménagement, de respect & dc- crainte^évanouirent. A la venue des Impériaux & fur la fin , le Grand-Prieur de France fitbrûler & piller un village considérable aux portes de Vérone pour une bagatelle, &fans qu’ils le reífentiílènt. La douceur, les ménagemens, les égards ne font pas tou-jours de saison. II est des peuples avec lesquels on doit agir avec quelque hauteur,Ils vous méprisent & vous tournent le dos , si vous les traitez autrement. Ils s’ima-ginent qu’on n’en uferoitpas ainsi, si on ne les craignoit, ou si l'on n’étoit les plusfoibles. *

Bien loin d’en user comme nous avons fait, nous eussions dû imiter les Allemands;car ils ne furent pas plutôt les maîtres, qu’ils firent contribuer tous les Princes d’Ita-lie. Pourquoi n’en avons-nous pas usé de même ? Au lieu de remplir le pais de notreor & de notre argent, nos troupes fe fussent bien mieux trouvées, si à la maniéré desImpériaux, nous leur eussions donné de bons quartiers d’hyver chez des peuples quinous étoient bien plus ennemis, que ceux contre lesquels nous étions en guerre. Pourrevenir aux Vénitiens ils se trouvèrent au bout du compte également en proie auxdeux partis, & également haïs ou aussi peu aimés du victorieux que du vaincu.C'est se destin inévitable des Puiíîànces neutres ; elles croient avoir fait un grand coupsine de voir la guerre à leur voisinage, fur la fausse opinion qu’elles n’en fauroientéprouver les incommodités. La campagne est à peine ouverte que ces Etats fe voientexposés à l’infulte des deux partis tout k la fois. Ils fe font des ennemis fans fe faire desa mis, au lieu qu’en se déclarant chaudement pour l’un, ils ont des amis «St des enne-mis. Sort fâcheux & déplorable qu’on ne puisse avoir de repos chez foi, lorfqu’oiïcroit savoir attrapé. On a beau tenir la balance dans le parfait équilibre, fans la fairepancher d’un côté plus que de l’autre, on ne le croira jamais, & chaque parti nousregardera comme ennemi couvert & par conséquent très-dangereux.

On a beau dire, il est cent fois meilleur de fe déclarer pour un parti que de pren-dre la voie du milieu. Mal en prit aux Siennois de s’y être tenus. Dans certaineguerre, ils en furent les dupes «St fe trouvèrent k la fin saccagés & pillés par les trou-pes des deux partis, fur quoi le Roi Alphonse dit plaisamment, qu’il étoit arrivé auxSiennois ce qui arrive à ceux qui logent au second étage d'une maison, qui fontégalement incommodés de la fumée de ceux d’en bas «St de surine de ceux d’enhaut.

Le Pape Léon X. imagina une neutralité d’une efpéce toute singulière. Si- elle estopposée al’honnête,c’est de quoi je ne déciderai pas; je m’en rapporte aux Politiquesrigides & aux Cafuistes si l’on veut. j’ai cherché ce cas dans Grotius fort inutile-ment. J ai été plus heureux dans Machiavel : je Py ai trouvé, non comme pendable,mais seulement en qualité de bon tour qu’il approuve & auquel il applaudit. Taciteen parle encore dans la guerre de Vefpasien contre Vitellius. Quoiqu’il en soit, cePape, •voyant François I. & les Suisses engagés dans une guerre pour les affaires duMilanois, sc résolut de ne prendre aucun parti, quoique chacun tâchât de le mettrede son côté. Le saint Pere avoit bien d’autres pensées .-certains Politiques lui conseil-lèrent de rester neutres, ou pour mieux dire de feindre de l’être. Si vous prenez ceparti, lui dirent-ils, vous êtes en pouvoir de redonner la liberté à l’Italie, & voussecouez le joug des étrangers qui l’oppriment. Ils lui proposèrent là-desius de fe join-dre aux Espagnols, de s’approcher des frontières du Milanois fous le prétexte de cou-yrir 1 Etat de 1 Eglise : mais en effet pour être au voisinage des deux armées, jusques‘ì ce qu’elles en vinssent aux mains. Ces gens-là s’imaginoient que la bataille seroic sisenglante entre deux nations si braves & si aguerries, que se vainqueur ne feroit gué-