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Tome premier.
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L I V R E I. C H A P. I. 27

flous sommes les plus foibles, ne s’éxécutent jamais que la nuit, & fans doute que c’estl’heure la plus favorable ; caries ténèbres d’une nuit obscure rendent le s choses pluseffroiables à celui qui eíl attaqué, & plus grandes qu’elles ne font en effet. Maisparce qu’il est très-difficile de s’empêcher d’être découvert, il y a des mesures à pren-dre , qui ne font pas connues de tout le monde.

Comme le succès des entreprises, qui ne souffrent aucune remise dépend unique-ment du secret & d’une résolution prompte & subite, je conseille au Général de gar-der Fun bien précieusement dans la tête & de 11e s’ouvrir à personne, qu’au momentde Féxécution ; & à l’égard de Fautrc, il ne sauroit se résoudre trop-tôt. Pour le pre-mier chef, je ne vois pas que Fennemi ait le tems d’éventer la mine;car outrequ’onest dans une ville fermée, où les espions ne font pas st couverts ni si libres que dansUne armée en campagne ; on est si près de Fennemi, qu’on est deílìis avant qu’il aitle tems de se reconnoître, & d’apprendre qu’on est sorti.

A l’entrée de la imitât les portes fermées, on commandera deux ou trois cens hom-mes d’infanterie qu’on assemblera fur la place, & aufquels on distribuera de la poudreautant que leurs foumimens en pourront contenir & des baies à proportion ; pendantce tems-là les Officiers & les Scrgens mêmes se rendront chez le Général, & fans qu’ilparoisse qu’il ait quelque autre deísein, que celui pour lequel il les fait assembler ; iileur dira, qu’aiant reçu quelques avis qu’on remuoit dans Fun des deux camps enne-mis (& ce doit être celui fur lequel il ne veut pas entreprendre) fans savoir trop bience que cela vouloir dire, il avoit jugé à propos d’ufer de quelques précautions pour semettre à couvert de toute surprise; qu’il n’en voioit point d’autre que de partagerleur détachement en quatre petits corps, qui s’iroient poster entre les deux camps pourcouper la communication de Fun à Fautre, & arrêter tous ceux que l’on rencontreroitpour en apprendre quelques nouvelles, observant de s’approcher secrètement & lansbruit du camp, où l’on remueroit, sans tirer, & de poser des sentinelles doubles,d’un corps à Fautre, qui puissent s’entrecommuniquer, sens autrement s’embarasserdu bruit qu’ils entendroient à leurs épaules & d’attendre de nouveaux ordres, si onavoit à leur en donner.

Je poste ainsi ce corps entre les deux camps & vis-à-vis celui que je ne veux pasattaquer, pour le tenir en échec, & éluder les secours qu’il pourroit envoler à celuifur lequel je veux entreprendre. Le sujet de ce détachement n’est pas tant pour em-pêcher le secours d’un camp à Fautre, que de s’avancer au plus près du camp, & de .faire un grand feu au premier bruit de l’attaque de Fautre : ce feu retient dans leurcamp ceux qui ne font pas attaqués, les fait craindre pour eux-mêmes, & les tientirrésolus & en suspens fur ce qu’ils feront ou ne feront pas : cependant le tems sepasse & 1 occasion s’échappe : car comme Fobfcurité les empêche de voir le nombrede ceux qui font feu fur eux, ils s’imaginent qu’il est beaucoup plus grand qu’il n’esten effet, & se forment mille chimères & nulle sujets de crainte, que' la nuit enfan-te & produit ordinairement.

Les choses en cet état & le détachement parti, on fera prendre les armes à tout cequ’il y a de troupes dans la place, & pendant qu’on distribuera des munitions, &qu’on répandra du fumier fur les pont-levis de chacune des portes, pour éviter lebruit qu’on peut faire en marchant dessus, particulièrement la cavalerie ; pendant tout,ce tcms-lh,^ dis-je, le Général assemblera le conseil de guerre, non seulement les Of-ficiers Généraux qu’il a à ses ordres, mais encore les Commandans des corps, & lesMajors de chacun en particulier. Le compliment qu’il doit faire à cette assembléedoit être court & résolu.

Je ne vous ai pas assemblés, leur doit-il dire, pour vous demander si j'exécuterai ou

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