26 HISTOIRE DE POLYBE, |
peut arriver qu’il le soit, si l’ennemi occupe deux camps avantageux qui ferment totisles pafìàges, par où l’on peut recevoir des secours de vivres ou de troupes: car il y ades places d’une certaine situation que l’on bloque beaucoup plus de loin que de près,en se rendant maîtres de certains passages qui font plus difficiles à forcer du côté de lacampagne que de celui de la ville, lorsque la garnison est assez forte & astèz vigoureu-se pour entreprendre sur ceux qui nous bloquent, & pour nous ouvrir les passages. J
Si un Général qui commande dans une place se trouve aífez de forces & de courage '
pour oser tenter une telle entreprise, il doit reconnoître avec soin tout le païs jusqu’àl’ennemi, afin que sur cette connoiíïànce il puiílè former sa marche, & marcher s’il sepeut en bataille. Cela ne suffit pourtant pas, il y a bien d’autres mesures k prendrepour être assuré de son fait ; il doit être parfaitement informé de la situation des deuxcamps, & de Féloignement de l’un à l'autre,s'ik peuvent se communiquer aisément j& sans aucun obstacle; & s’il est possible de tomber fur l’un des deux & couper che- j
min aux secours qui peuvent venir de l’autre, ou du moins lui donner jalousie & le j
tenir en échec. j
Les Carthaginois & les Syracusains étoient postés en deux camps séparés des deux !côtés de la ville; c’est un cas particulier, tenons-nous-en là, puisqu’il ne s’agit pasd’un blocus dans toutes les formes, d’une ligne environnante ou de circonvallation ;mais seulement de deux armées retranchées, fans aucune des précautions nécessaires'pour fe communiquer & s’entresecourir. Cette faute ne dût pas échapper k Clau- jchus. Voilà déjà un obstacle de moins dans son entreprise , & un grand préjugé pour \la victoire. ;
II faut encore observer avec toute l’éxactitude possible la nature & la force des re-tranchemens, leur hauteur, la largeur & la profondeur du fossé, & les endroits quinous semblent les plus insultables. Un Général ne peut voir cela & s’en instruire parîui-même : mais il n’est pas difficile de trouver des gens capables de s’en approcher,de les reconnoître & de lui en rendre un bon compte : sans parler de ce qu’il peutapprendre des transfuges ou des prisonniers que l’on. fait, & par mille autres moiensdont nous parlerons dans le cours de cet ouvrage..
Sur ces connoiíîànces un Chef éclairé dresse le plan de son entreprise le plus secrète-ment qu’il lui est possible, sans rien faire paroître de ce qu’il peut avoir en tête, &fans perdre aucun tems,. car les hommes qui entendent là guerre, doivent non atten-dre, maïs prévenir les conjonctures. Je ne parle pas ici de Tordre du combat, deFattaque d’un camp retranché & de la distribution de chaque arme, on verra toutesces parties traitées dans l’attaque du camp retranché de Cléoméne par Antîgonus, oùF Auteur entre dans un plus grand détail & fournit par lk plus de matière k mes ré-fléxions. Je ne laiílêrai pas pourtant de faire ici quelques observations qui ne ferontpas inutiles pour nous préparer à de plus grandes, lorsque l’occaíìon s’en présen-tera.
Un Général qui se trouve au fait du pais, de sa marche & de tout ce que j’ai déjà jdit, qui pèse les obstacles qu’il peut rencontrer dans ses desseins, comme ce qui peutFaider k pouffer au but, peut raisonnablement espérer de réussir. La témérité &ì’imprudence peuvent être blâmables, fi elles font dépouillées de toute apparence dc jraison: mais pour peu qu’il y en ait, la nécessité de mettre en jeu tout ce qui n’est ï
pas impossible, justifie le Général. S’il réussit, c’est un grand homme; s’il échoue,
. il s’acquiert la réputation d’un homme véritablement courageux fans être téméraire, &ne pert rien de fa réputation, puisqu’il a tenté de fe sauver par un coup extraordinai-re, & qu’il frappe par nécessité plutôt que par imprudence. Ces fortes d’entreprisès*comme toutes les autres qui nous paroiíîènt hardies & nécessaires, & surtout lòrsqi#