Band 
Tome premier.
Seite
42
JPEG-Download
 

4.2 HISTOIRE DE POLYBE,

les endroits par où les colonnes auront pénétré, les rendre pluspratiquables, & donnes"paíìage à la cavalerie 8. qui les soutient. Car il suffit qu’une seule colonne ait percédans le camp, pour être maîtreíle du terrain & du parapet à droit & à gauche, oùf ennemi ne sauroit tenir, aiant tout le feu de cette colonne h ses flancs ; ce qui facilitelc,pasiàgedcs autres. Ces colonnes agiiïèntavec d’autant plus d’impétuosité & de vio-lence, que cette violence leur est toute naturelle , outre qu’elles font soutenues de lacavalerie -, Le-cet appui réciproque des deux armes relève le courage & l’espérance detoutes les deux: car pendant que l'une ouvre les bataillons qui osent lili résister,supposé qu’on puisse le croire possible, la cavalerie les diíììpe, épaulée des compa-gnies de grenadiers qui combattent avec elle.

Si le Général d’Albemarle avoit été plus habile qu’il ne le parut dans cette actioncélébré, qui èhangea toute le face des affaires de l’Europe; ou que les troupes desAlliés eussent fait voir dans cette affaire que la cause de nos infortunes précédentes,venoit bien moins de nos sautes que de la grandeur de leur courage & de l’habileté deleurs chefs: si dis-je, ces troupes euíîènt marqué un peu plus de vigueur, & Mi-lord un peu plus de conduite dans fa défense, le Prince Eugène, qui accourait à sonsecours avec une incroiable diligence, arrivoit à tems, & je ne fai ce qui en feraitarrivé ; mais il étoit moralement impossible, quand même ceux de Denain auraientété en plus grand nombre, qu’ils Ment ferme contre des corps disposés selon maméthode : au lieu qu’en observant celle qui nous est ordinaire, & en combattant partout fur un front égal, Tégalitê fe trouve par tout, & la fortune en décide ; car cequi remporte la victoire, supposant une égale valeur dans les troupes, est l’excellencede Tordre dans le combat fur celui de Tennemi, dans ces cas i’habileté supplée tou-jours au nombre, & ce nombre ne fait rien contre une intelligence plus grande.

Ne pouvons-nous pas comparer Denain à Erbeíîè?Ces deux entreprises n’ont ellespas un tres-grand rapport ensemble ? Hannon coupe les vivres aux Romains par la sur-prise d’Erbcsse, & le Maréchal de Villars aux Alliés contre la France par l’enléve-ment du poste de Denain. Que font ceux-ci, après une infortune si triste & fl ter-raíïïmte ? Rien moins que ce qu’ils étoient en pouvoir de faire, & ce que les intel-ligens dans le métier s’attendoient qu’ils feroient; : car leur salut, comme leur gloire,& la conservation de leurs conquêtes, naissoient de Textrémité où ils fe trouvoient.Combien d’expédiens ne s’offroient-ils pas pour rétorquer, contre l’antagoniste habi-le , le camouflet reçu de fi près, fi j’ose emploier ce terme, pour se remettre dans leur?premiers avantages, & rendre inutile la plus belle & la plus fine manœuvre qui se soitvi'ie depuis longtems?

La levée de leur siège &leur retraite ne font-elles pas des preuves démonstratives quela tête leur avoit tourné, ou que le Prince Eugène ne fut pas ie maître dans uneconjoncture si favorable à faire paraître son habileté, & la force de son courage& de son génie dans les affaires les plus embaraíïàntes & les plus hérissées d’ob-stacies en apparence insurmontables? Quelques jours de jeune, de disette & de patiencefaisoient renaître la clarté parmi ces ténèbres & leur chemin de Paris si-tôt éclipsé:tant il est vrai, pouvoit-on dire dans les deux armées,, comme on le disoit dans celle

; ? Etoit-ce l’abandon de leur siège, & de tirer ensuite droit h Arras ? C'étoitî’opinion de bien des gens, mais qui n’en est pas mieux fondée. Ce parti, selon moi rvaloit moins que rien, comme il me serait aisé,de le faire voir.

Que failoit-il donc qu’ils fissent? Supposons, ce qui ne fe trouva pas, un peu d®'