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Tome premier.
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L I V R E L CHAP. IïL 4*

voìt tant de négligence & de sécurité dans ces gens-là, coupe ce chemin avec son épéecomme un nœud gordien. II fait un mouvement par sa gauche, en donnant jalousiepar fa droite avçc tant de bonheur, ^intelligence, de secret & d’adreífe pour cacher& escamoter íà marche, qu’il arrive sur l’Escaut,le passe sur un pont avec encore plusde bonheur, & envclope Denain. Après quelque incertitude de ce qu’il feroit parrapport à ses forces, qui n’étoient pas toutes arrivées, le Maréchal de Montesquieuaiant remarqué la foibleílè des retranchemens des ennemis 5. d’entre les deux lignes 2,& je ne sai quoi d’agité & de dotant dans leur contenance, le détermine à expédierpromptement cette affaire. En effet le tems pressoit, Montesquieu avoit rangé qua-rante bataillons, non fur plusieurs lignes, selon la méthode ordinaire, lorsqu’on nepeut combattre sur un grand front, mais à la queue les uns des autres, à peu près encolonnes, s’ils n’euíîènt été fur quatre de profondeur, & trop éloignés les uns des au-tos pour avoir le poids & la force de mes colonnes, telles qu’on les volt en 6. Quoi-qu’il en soit ce Maréchal aiant reçu ses ordres, se met à la tête de l’infanterie, marchedroit aux retranchemens, les attaque d’insulte& les emporte fans presque aucune perte ;les ennemis en foule cherchent leur retraite par leur pont qui se rompt, & tout ce quiteste en deçà est culbuté & précipité dans la rivière. Par cette action le chemin deParis s’cvanouit à la maniéré des éclairs qui éblouirent & se dissipent d’abord. LePrince Eugène, qui étoit accouru au secours de ce poste à l’instant de la déroute,éprouva la vérité de cet aphorisme d’Euripide. Les Dieux , dit-il,, je jouent de laprè-t'oìance des hommes , & trompent également leurs espérances & leurs craintes. Ils cou-pent court aux événemens que tout le monde attendait , ouvrent des pajsages & de f.chemins inconnus , & font réujjìr des dejjeins en apparence impossibles.

Mais, dira quelqu’un de ceux qui se sont trouvés à cette grande action, vous don-nez un ordre d’attaque, à l’égard de rinfanterie, qui ne resíemble en rien à celui surlequel le Maréchal de Villars combattit ; je répondrai à cela que ce n’a jamais étémon dcíìèin de donner cette disposition d’attaque, que nous reconnoiílons pourtrès-défectueuse, mais une toute différente & selon le système que nous nous som-mes formés.

De toutes les dispositions, celles qui regardent l’infulte de postes ou des camps re-tranchés doivent être unies, serrées & en maílè, c’est-à-dire par colonnes à certainedistance les unes des autres, fur une très-grande profondeur & peu de front : car dansles cas où il s’agit d’un coup de main, ce feroit une très-grande sottise d’y user sa pou-dre, en tirant on n’avance pas:il en est des insultes des camps comme des surprises,où tout consiste dans Faction & dans Fimpétuoíité de Fattaque. Je forme mes colon-nes de deux bataillons chacune, ou de deux sections, chaque section de vingt-six àtrente files, ou de vingt-quatre, si ces corps ne passent pas cinq cens hommes : lescompagnies de grenadiers 7. dans les espaces d’entre les colonnes pour nétoier le parapetPar un feu continuel, pour occuper Fennemi fur tout le front de Fattaque, & empê-cher que ceux qui se trouvent opposés aux colonnes, ne puissent être secourus par lesautres qui ont les compagnies de grenadiers en tête: car quand même Fennemi feroiten état de se dégarnir en ces endroits pour courir à leur aide, ce feroit inutilement con-tte le poids, la force & l’impátuosité de mes colonnes, contre lesquelles des bataillons,rangés selon la coutume ordinaire, ne íauroient tenir un instant fans être rompus &mis en désordre. II suffit qu’une colonne perce en utl endroit pour donner palìàge àc ctles qu’elle a à ses flancs, qui ne font pas moins redoutables que le tête : cela se sent■ùlez fans avoir besoin d’autre explication que le plan que j’cn donne ; car ces grena-diers , introduits entre les espaces de mes colonnes, ne font pas tant destinés pour laManœuvre, dont j’ai parlé plus haut, que pour monter fur le retranchement, élargirLomé L F