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Tome premier.
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L I V R E I. C II A P. III. 43

présence d’esprit, d’habileté & d’expérince dans le Comte d’Aìbemarle. Il avoir,quoiqu’il en dise,des forces suffisantes pour empêcher le passage de FEscaut, & don-ner le teins aux troupes les plus voisines d’accourir au secours. La chose étoit d'au-tant plus aisée, que la garnison de Valencienne fit un contre-tems , & que nous nefîmes pas de notre côté assez de diligence. Car, pour dire en paííànt, on ne voitguéres d’entreprises importantes qu’on puifíè dire pures & nettes de tout défaut. Onfe vit enveloppé de mille difficultés & de mille obstacles auíqucls on ne s’attendoitpas, pour n’avoir pas fait attention que dans les affaires d’une certaine nature , & oùil s agit du paílàge d’une rivière, on ne doit pas seulement renforcer & doubler Fat-telage des baquets à pontons, indis encore les faire marcher à la tête de tout. On lesattendit trois heures, & il étoit trois heures de jour lorfqu’ils arrivèrent.

Si le Comte d’Albemarle se fût précautionné sur FEscaut, qu’il fût sorti à la têtede sa cavalerie, & d’une partie de son infanterie, & qu’il se fut porté sur cette ri-vière; car il en avoir tout le teins, l’entreprise n’échouoit-ejle pas? Nos gens aiantjetté leur pont, notre Cavalerie défila dessus ; à peine fut-on arrivé au-delà, qu’onrencontra un marais qu’il fallut passer avec des difficultés infinies, d’où l’on fe formadans la plaine. C’est une chose surprenante que l'ennemi eût négligé d’empêcher lepafìage de FEscaut, si aisé à défendre. Tout cela fait voir le bonheur attaché à Fé-toile du Maréchal de Vilîars. Un autre moins heureux auroit échoué par le teinsqu’on perdit à attendre les pontons. Cet autre moins heureux que ce Maréchal, nenous fera pas difficile à trouver dans FHistoire, & nous ne remonterons pas mêmefort haut dans les espaces des siécles, nous le touchons presque.

Les Espagnols aiant assiégé Saint Quentin, le Connétable marcha au secours de cetteplace à la tête d’un grand corps de troupes, dans l’intention d’y faire entrer quelquemonde pour renforcer la garnison, par le moien de dix à douze bateaux qu’il préten-doit jetter fur la rivière ; mais bien loin de les faire marcher à 1a tête de fa petiteminée, il les mit à la queue; ce fut la cause de fa perte; car ils furent si longtemsa arriver, que l’ennemî eut le teins non feulement de rompre toutes fes mesures à l’é-gard du secours, mais de païïèr encore une chauíîëe à travers les marais, de le char-ger dans fa retraite, & de le battre totalement.

Pour revenir à notre sujet, d’où l’on ne s’égare jamais loríqu’i! s’agitde l'instruc-tion, j’ai appris par des gens dignes de foi, & d’un Général des Alliés de grande ré-putation , qu’il y avoit dans leur armée tout au moins pour dix ou douze jours desubsistance. Cela ne sussisoit-il pas ? Mons, Bruxelles leur eussent assez fourni de vivrespour attendre de plus grands secours des places de l’Efcaut. Pendant ce tems-là ilspouvoient preííèr leur siège de Landrecy. Les munitions de guerre pouvoient-ellesleur manquer pour cette entreprise? Le Quefnoy n’en étoit-iì pas tout rempli? Ceque les François en ont trouvé est connu de tout le monde. En ménageant un peumoins leurs troupes & l’artillerie, Landrecy tomboit en fort peu de jours, & pendantce tems-là leur armée d’obfervation fe portoit fur FEscaut, pour s’approcher de leursvivres à leur droite. Le Maréchal de Villars auroit-il passé cette rivière pour les com-battre ? Et quand elle n’eût pas été un obstacle, la situation du pais ne le permettoitPas. II étoit tellement coupé dcravines, de hauteurs, de ruisseaux, enfin tellementbizarre & parsemé de chicanes, qu’il eût été fort dangereux de s’y engager, je îaisièa penser si la cavalerie eût été là d’un fort grand usage. Qui empêclioit les Alliés dedétacher la plus grande partie de la leur, tous leurs hussars & leurs grenadiers, &d entrer en France? Toutes nos forces n’etoient-elles pas dans Farinée du Maréchal?Si ce grand corps eût tourné du côté de Paris, quelles troupes avions-nous pour luifaire tête? N’eût-on pas envolé courriers.fur courriers au Maréchal pour lui làire

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