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Tome premier.
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'LIVRET. CHAP. IIL 49

: ceux qui sont arrivés dc nos jours font Jans doute préférables aux autres plus é-loignés. Celui du dernier siège de Tournai vient ici tout à propos.

De toutes les places de nos frontières de la Flandre, celle-ci pouvoit être placée auNombre des plus fortes & des plus importantes, & dont la conservation nous dévoieêtre la plus chere. Le Maréchal de Viílars, qui s’attendoit à être attaqué, renfor-ça son armée aux dépens des garnisons. Celle de Tournai auroit pû être exceptée dela régie générale, parce qu’elle fe trouvoit hors de la ligne. En retirant une partiede fa garnison & de ses vivres, n’étoit - ce point avertir f ennemi, qui feignoit devouloir venir à lui, d’investir cette importante place, & d’en faire le Siège ? C’estce qui arriva. Hautefort de Surviile, Lieutenant Général, y commandoit; c’étoitun fort brave homme. La défense de Lille, ou il avoit brillé fous le Maréchal deBoufflers, étoit un préjugé favorable pour lui; mais il fit voir en cette occasionqu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, de trouver un Général irréprochableégalement en tout, & qui réussisiè aussi-bien en commandant, que sous les ordresd’un autre. La ville se rendit en fort peu de terns. II n’y a pas dequoi s’en étonner :on fit trois attaques ; c’est trop pour ùne garnison si foible. II fallut fe rendre ; maisavant d’en venir là, il eût dû íè prémunir de vivres un peu plus qu’il ne fit, & le»faire entrer dans fa citadelle, où il eût pû tenir très-Iongtems. On l’avoit dégarni,il est vrai, de ses vivres, mais il en eût trouvé chez le bourgeois de gré ou de for-ce ; il prit un ton trop bas, & emploia encore des gens pour cette recherche qui letrompèrent. II fe trouva, après être entré dans la citadelle, qu’il n’avoit que pourun mois de vivres. II ne le donna que trop à connoître par une espèce de négocia-tion qui ne fut nullement approuvée, il fut donc réduit à soutenir dans fa citadelleavec plus de monde qu’il ne lui en falloit, pour faire durer ses vivres ; & amuserl’ennemi pour le reste de la campagne. L’expédient étoit celui qu’Annibal eût pûprendre, & qu’il ne prit pas, faire de grandes sorties, perdre beaucoup de monde,& en faire beaucoup perdre aux aísiégeans, qui commirent une très-grande impruden-ce en faisant le siège de cette forteresse: pnifqu’ils favoient eux-memes, (& les assié-gés ne l'avoient fait que trop connoître,) qu’il n’y avoit que pour un mois de vivres.Or s’il n’y en avoit que pour ce teins, ils dévoient la tenir bloquée. Pouvoient-ilsespérer de la prendre en moins de tems, puifqu’étant bien munie de vivres, el-le eût pû tenir six mois de tranchée ? Je reprens maintenant la fuite de mesréfléxions.

Hannon avoit ptis le bon parti. Les Romains ne pouvoient lui ëchaper. II s’étoit6 bien posté, & fi bien ptécautionné dans son camp, qu’il n’avoit rien à craindrede f audace désespérée d’un ennemi qui veut périr, lorfqu’il n’a plus que cela à fai-re; mais la faim qui presioit ceux de la ville, renversa toutes ses espérances. II fevit dans la fâcheuse nécessité de sortir de son camp, & de courre les risques d’unebataille rangée, quoiqu’il eût pû prendre un autre parti, où le hazard eût eu beau-coup moins d’influence. L’on va voir, si je ne me trompe, qu’il prit le plus dé-raisonnable. Qui doute qu’il ne lui eût été plus avantageux d’attaquer & d’infulterles Romains dans leurs lignes ; leurs forces étant désunies & dispersées en plusieursquartiers par une circonvaîîation, qui étoit d’autant plus difficile à garder qu’ils a-voient la contrevallation à défendre contre les sorties & les attaques dé ceux de la vil-le. Encore un coup le Général Carthaginois prit k pire des deux partis, en pré-sentant la bataille aux Romains, c’est-à-dire qu’il leur fournit i’occasion de combattreH leur avantage, par la réunion de presque toutes leurs forces.

Tome /.

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