6o HISTOIRE' DE POLYBE,
dis en partie, car il fembloit que la fortune voulût nous aíîurer la victoire fans for--tir de nos lignes. En effet les ennemis, en passant la Doire pour attaquer la partie dela circonvallation qui étoit de l’autre côté de cette rivière, nous foumissoient la plusbelle occasion du monde de les défaire; car par une manœuvre si peu sensée, ils nousmettoient en état de porter toutes nos forces de ce côté-là, fans rien craindre furtout le reste de la circonvallation qui fe trouvoit entre cette rivière & le Pô, Par làils nous mettoient en état de les faire repentir de leur entreprise, puifqu’ils alloienttenter par Fendroit le plus difficile: quoiqu’on s’y fût moins précautionné à f égarddes retranchemens, il ne devenoit pas moins impraticable par les forces que nouspouvions leur opposer.
Rien n’empêchoit le Maréchal de Maríìn de faire marcher vingt bataillons & au-tant d’efcadrons de ce côté-là,, & de tirer quinze autres bataillons de la hauteur des-Capucins, où Albergotti étoit avec quarante qu il avoit fait venir de son côté. Ee I
Maréchal n’en avoit-il pas reçu ordre de M. le Duc d’Orleans? II l’oublia, ou st isemblant de savoir oublié. Toute la nuit & jufqu’au lendemain, que les ennemis at-taquèrent, le teins fe pastà en vaines contestations & en discours inutiles: les uns di-sant une chose, & les autres tout le contraire. Cependant le tems s’écoule & l’occa-sion s’échape; & pendant que les ennemis fe forment de Fautre côté de la Doire,
©n n’y envoie aucunes- troupes pour renforcer le peu qu’il y en avoit, fans penser quetout ce qui. étoit en deçà étoit inutile: ces quarante bataillons, plantés comme des ter-mes fur la hauteur des Capucins, & fous les ordres d’Albergotti, que font-ils là?
Ne diroit-on pas qu’ils font à cent lieues de la ligne en-delà de la Doire ? Ils n’en'font pourtant qu’à deux pas. Je le demanderois volontiers à l’ombre du Màréchal de-Marsin, elle me renvoiroit fans doute à celle d’Albergotti. Si je m’addrcfTois à celle-ci, quelle bonne raison err pourrois-je espérer? Le fait répond pour elle.
Puisque nous en sommes là, donnons quelque chose du. caractère militaire de cetOfficier Général. Je ne-dirai rien de son païs, chacun fait qu’il étoit Italien & d’unedes meilleures Maisons de Florence. II étoit venu fort jeune en France, Lt y apporta-une grande inclination pour les armes. II étoit d’une humeur sombre & mélancolique ;
* grave, composé 1 & retiré en lui-même ; un air impérieux & pensifs allant à íès fins au-tant bien qu’homme de son païs; parlant peu, & donnant parla lieu de croire qu’il'penfoit beaucoup ; prévenu en faveur de fes-fentimensjufqu’â dédaigner ceux d’autrui,quels qu’ils fusiènt... Circonspect au-delà des bornes, jamais st ne fe croioit astèz detroupes. Ce qu’il falloit éviter, st le prévoioit longtems avant qu’il arrivât, & pourn’y pas tomber il trouvoit dans son fond des précautions fans nombre. Cette féconditéest bonne, mais il faut la resserrer aux précautions nécessaires : fans cela elle étouffe le ;vrai courage, & produit bien des fautes v Je ne m arrêterai pas fur toutes celles quel’on a reprochées à M. d’Albergotti, il en est peut-être dont on a eu tort dé le charger.
D astleurs j honore ce qu il avoit de bonnes qualités, & ce feroit outrer la censure quode nier qu il en eût. Je me borne à Faffaire de Turin: on ne me fera pas un crime"d’en penser & d’en dire ce que tout le monde en pense & en dit.
Que fait donc Mi d’Albergotti fur la hauteur des Capucins? II íè plaint qu’il n’yest pas trop en-1 ûreté qu’il n’a pas astèz de quarante bataillons pour fe défendre. Le"Maréchal dcvoit-il avoir égard à ses terreurs & à ses craintes imaginaires ? Pouvoit-ilignorer que Feimemi n’avoit de ce côté-là qu’un corps de cinq àflx mille hommes demilice du pais, de misérables páifans, & deux ou trois bataillons de troupes réglées, &le tout pour la mine. Albergotti le voioit bien, il fe plaint pourtant qu’il n’a pas" ;astèz de vingt mille hommes ; on les lui laiíîè pendant qu’on néglige tout le front de la-circonvallation de l’autre côté de. la Doire , où Farinée dulècours paroît en bataille sa» s