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aucune distraction de ses forces, ne pouvant même entreprendre fur nous que par ceseul endroit de la rivière dès qu’ils l’ont une_fois pafïëe.
, Lorfqu’on vit que c’étoit tout de bon, & qu’on alloit être- attaqué, on envoie àÁlbergotti; on lui demande un secours de dix ou douze bataillons; il répond qu'ilva être attaqué,qu’on s’y dispose: en effet cinq. ou six mille païfansétonnés & trem-blans de fe voir si près de lui font des gens fort redoutables. On a beau lui répliquerque ce n’est pas à son poste que les ennemis en veulent, puifqu’ils en font séparés parJe Pô & par la Doire. II ne veut rien écouter de tout cela. Cependant les ennemisattaquent toute cette partie de la circonvallation ainsi dégarnie, la pénétrent à la droite ,où il n’y avoit presque personne, & Femportent sans peine, bien moins par Fhabileté'de leurs Généraux que par la faute du Maréchal. Que peut-on penser de cette con-duite? Que peut-on penser après cela des éloges qui furent faits de la conduite d’Al-bergotti devant & après cette action, qui nous fut si malheureuse, pendant qu’on ne■dit mot & qu’on ne tient aucun compte de quelques Officiers Généraux très-estima-'blés, qui pensèrent toujours bien, & qui firent très-bien- leur devoir?
Tout ce que je viètts de dire ici touchant d’AIbergotti, ne touché en rien sonHonneur. Nous n’avons garde de lui disputer le courage, on fait qu’il n’en manquajamais par tout où il a été besoin de le faire paroître ; on lui rend volontiers cettejustice; on ne lui refuse pas non plus son grand talent dans le détail des choses mili-taires ,- & plusieurs belles qualités très-estimables & très-louables ; mais nous ne pou-vons convenir qu’il eût’ cellds qui composent le Général d’armée. Après l’affaire deTurin, fans parler des autres, ne fommes-nous pas bien fondés? Mais remarquez, s’iìvous plaît, l’étoile de ce Général. Cette conduite, qui eût dû faire rabattre prodi-gieusement de l’idée qu’on avoit de son lavoir, & de l’estime qu’on faifoit de lui,l’éléve & lui produit une profusion d’éloges. Ne fut-il pas lui-même Tunique &principale cause d’une infortune si' accablante? Qui peut en douter fans absurdité?Que fait ce Général après avoir joué le personnage de Spectateur immobile? II dé-campe de son poste, & fe retire à Pignerol, où les débris de notre armée s’étoientlàuvés. Ornez & parez tant qu’il vous plaira cette retraite de toutes les fleurs de laRhétorique, ce ne fera jamais qú’une marche très-accélerée. Ne falìoit-il pas qu’ilfe retirât? Cependant on admira cette retraite, comparable, difoit T on, aux plus mé-morables. II falloit que ses panégyristes fe connuíìènt bien mal en retraites pour ferécrier fur celle-ci ; car on ne qualifie jamais de ce nbm tout corps d’armée qui feretire fans combat & fans être suivi. Une retraite, proprement dite, est lorfqu’unearmée ou un grand corps de troupes fe trouve suivi, harcelé & attaqué à son arriére-garde, pris en flanc, en queue, ou en tête dans des païs difficiles & dangereux; oulorfqu’on s’échape à toutes ces attaques par la ruse, parl’artifice & par des mouve-ihens bien concertés, qui donnent le change à l’ennemi-, comme celle du GénéralBannier, si célébré dans l’Histoire : toutes les autres n’ont rien qui mérite qu’on enfasse la moindre mention. Tout ce qu’on peut dire de celle dont nous parlons, c’eíïqu’après la levée du siège, M. d’AIbergotti fe retira heureusement depuis la hauteur'des Capucins jufqu’à Pignerolfans aucune mauvaise rencontre.