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Tome premier.
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L I V R E L CHAP. IV.

5 m-

Description du Corbeau de DuilUus

L E corbeau étoit une machine aíîèz semblable à la gruë dont on se sert pour éleverdes fardeaux. II y avoit un mât 2. ou un arbre qui s’élevoit fur le château deproue 3. de la hauteur de quatre bradés. Ce mât avoit trois palmes de diamètre, quiservait de poinçon par en haut 4. La longue piéce de bois,qu’on appelle le ranchesdans les grues,qui portoit le corbeau, ou le cône de fer, étoit posée fur le pivotde fer qui étoit au bout du poinçon. Le rancher toumoit aisément, & de tous le?côtés, fur son pivot, assuré par le moien de la sellette fur laquelle s’appuioient lesliens. Au bout du rancher 5. il y avoit une poulie pour passer la corde 8. au bout delaquelle étoit suspendu le corbeau 6 . fort pointu , dit l’Auteur; il n’étoit donc pas fuiten maniéré de pilon, fa figure devoir donc être telle que je la représente, en cône ouPyramidale. Ce cône devoir être de fer fondu & très-pefant,afin que tombant de sonpropre poids, en lâchant la corde à l’endroit 9. il pût percer le pont de proue; maiscomme il eût pû sortir par le même trou qu’il avoit fait en entrant, il falloit qu’il yeût des crochets de fer mobiles 10. engagés par des charnières, aíìn que le corbeauaìant crevé le pont, les crochets ou pâtes de fer fe pliassent, fe rouvrirent d’elles-mê-nies, ou fe prissent à tout ce quelles rencontraient. I! falloit, quoique l’Auteur nele dise pas, que le bout du cable fût alongé d’une chaîne de fer. Dès qu’un vais-seau ainsi armé approchoit d’un autre à la portée de la machine , on lâchoit la cordepour la faire tomber du plus haut de la longue piéce de bois ; dès que le corbeau é-toit tombé, on abattoir le pont 11.au bout duquel il y avoit des griffes de fer poursccrocher le bordage.

Notre Auteur est fort clair dans l’explication cle son pont ou échelle pontée, com-me dans tour le reste. II dit qu 'il y avoit ■ autour de F arbre -une échelle clouée de plan-ches de quatre pieds huit pouces-de largeur fur fix aunes de longueur, dont on avoitfait un plancher percé d'un trou ■oblong qui embraffoìt F arbre. Ce trou étoit h l’ex-trémité du pont; çe qui donnait le moien de le hausser à la hauteur qu’il falloit. AFautre extrémité du pont, & des deux côtés, étoient attachées les deux petites chaî-nes qui aboutissoient à une ance de fer, semblable à celle d’un seau.

Voilà la description du fameux corbeau de Polybe, laquelle nos Commentateurstrouvent fi obscure, qu’iîs la prétendent incompréhensible. M. Perrault lui-même nel’a pas comprise: car sans cela le plaindrok-il des ténèbres dont Polybe l’a enveloppée?Ce qui semble d’abord obscur, c’cst l’endroit où il dit que les soldats fautoient dans lev ai seau d'un bout à T autre: s'ils n étoient joints que par la prouë, ils avançaient deuxà deux à travers le corbeau.. En effet ils ne pouvoient pasler que deux à deux fur lePont loríqu’en n’abordoit que par la poupe ou par la proue, au lieu qu’en abordant pasles côtés on entroit dans le vaisseau ennemi de tous côtés. Ce n’est pas là ce qu’on m’afait voir de plus embarasiítnt;c’est cet à travers le corbeau: mais je ne vois rien là quiPuisse arrêter le lecteur. Polybe entend parle corbeau, non seulement le cône ou lePilon,comme il rappelle,mais encore tout ce qui compose la machine. Perrault.pré-tend que le corbeau de Duillius étoit quelque chose de semblable à la grue: il a raison;tfais s’il s’imagine, comme il semble le dire, que les soldats passoient par Féchelier pourentrer dans les vaisseaux ennemis, cela me semble absurde. Cette imagination de cetTome /. K