74 HISTOIRE DE POLYBE,
Auteur me fait souvenir d’une maniéré d’abordage que les Maltois pratiquent quelque-fois , il faut qu’il paíse ici pour la singularité.
Lorsque les galères de Malte veulent aborder un vaisseau, une partie des soldats &des matelots, tous nuds pieds, monte fur la grande vergue, fur laquelle ils fe mettenttous à califourchons, lés uns derrière les autres, si près-à-près qu’on diroit qu’ils yfont enfilés comme des grains de patenôtres. La galère s’avance alors à une certainedistance du vaisseau ennemi ; on baillé alors la vergue, & l’on fait couler les hommesfur le pont, qui fe répandent dessus comme un chapelet qui se défile. Si cela-est vé-ritable, je trouve Finvention très-hardie & très-gaillarde. Si le Commentateur de Vi~truve a compris de la forte le corbeau de D uillìus, il est encore en usage.
§. IV. • - -
Le Dauphin. Le corbeau démolisseur. Le Loup. Le corbeau h griffes.
L A première de ces machines n’éroit autre chose qu’une malle de fer fondu 2, &fuípenduë au bout des antennes des vaiílèaux. II falloit qu’elle fût d’un poidsexcessif pour produire l’esset que les Auteurs nous en disent. Elle étoit en usage cherles Grecs selon Suidas & le Scollaste d’Aristophane ; on l’appelloit Dauphin: peut-être qu’elle en avoit la forme; on le fufpendoit à un des bouts des vergues, pour lelaiíser tomber fur les vaifièaux ennemis, qu’il perçoit depuis le pont jufqu’au fond decale. Dans le fameux combat donné dans l’un des ports de Syracuse ,les Athéniensaiant été battus, les Syracuíàins les poursuivirent jusques vers la terre, & furent empê-chés depasser outre , dit Thucydide, par les antennes des navires qu’on baissa fur lepassage, où pendoient des dauphins de plomb capables de les submerger,& deux ga-lères qui s’emportérent au-delà furent brisées.
Nos bombes suspendues à des alonges aux extrémités, ou aux bouts-dehors des ver-gues, ne feroient-elles pas un plus grand désordre? Je n’ai pas ouï dire qu’on l’aitpra-tiqué, quoique j’en aie souvent ouï parler.
Vitruve nous parle du corbeau démolisseur de Diades. On ne peut guéres compren-dre ce que c’est que cette machine ; ne scroit-ce point celle dont parle Végéce, qu’ilappelle tortue, au dedans de laquelle il y avoit une ou deux pièces de bois arrondies &fort longues pour pouvoir atteindre de loin, & au bout defquelles il y avoit des crocsde fer 3. elles étoient suspendues en équilibre comme les béliers, & on les pousioitcontre les crenaux pour les accrocher & les tirer à bas, ou les pierres ébranlées par lesbéliers. On les appelhìt de ce nom , dit T Auteur, à raison de ce fer courbé ou grapi'ddont on se seiyoit à tirer à bas les pierres de la muraille.
César fait mention de cette machine dans ses Commentaires. 11 rapporte que UtGaulois assiégés dam Bourges détournoìent les crocs dont on tiroìt à bas les débris de Idmuraille , dp après les avoir accrochés , les enlevaient en haut avec des machines. C’estlà sûrement le corbeau démolisseur de Diades dont parle Vitruve. Je ne pense p aSqu’aucun Auteur l’ait nommé de la forte. L’epithéte va bien là: nous nous en fo r 'mons d’abord l’idée, que cette machine sert à accrocher & à tirer les pierres d’utsemuraille à bas.
Quoique Vitruve nous dise de son expérience en fait de machines de guerre ,j’ai st®la peine à me laiíser persuader fur cet article; un homme qui a vu & pratiqué, e pbeaucoup plus clair dans ses descriptions, que cet Architecte ne l’est dans ses écrits. Jfn’auroit pas non plus toujours son recours à Athenée, qui n’est pas moins embaraíse;Si le premier avoit servi, comme il nous en avertit, il nous auroit appris quelque chose