76 HISTOIRE DE P O L Y B E,
Ces sortes de corbeaux, & même ceux de route efpéce, furent mis en œuvre au fa-meux siège de Byzance par FEmpereur Sévére. II n’y a guércs de siège régulier & devive force qui soit plus mémorable dans l’Histoire, ni qui ait duré plus loiigtems-Dion dit que la ville fut assiégée durant trois ans par les flots, s'il faut ainsi dire vde toute la terre, & qu’il y avoit un fi grand nombre de machines, faites presque tou-tes par P risque, bourgeois de Nicée, qui avoit un art tout particulier pour cela,.qu’on n’avoit jamais rien vû de semblable. On peut bien juger que les corbeaux fu-rent mis en usage. Le même Dion rapporte que parmi les machines des assiégés ily avoit des corbeaux Qiarpagones ,) à l’extrémité desquels étoient des griffes ou desagrafes de fer, qu’on lançoit & qu’on jettoic fur les aísiégeans, qui s’accrochant à toutce qui pouvoir donner prise, l’enlevoit d’une vîteslè & d’une rapidité surpre-nante.
Le siège de Platée n’estpas moins célèbre par la grandeur des travaux & des machi-nes dont on fe servit dans Patraque & dans la défense de cette place,& l’on peut direqu’elle fe défendit bien moins par la force,que par l’ntelligence & la valeur des assié-gés. Thucydide dit que les assiégeans aiant ruiné une grande partïe du nouveau mur ypar le moìen des machines qu'ils plantèrent fur les plates-formes, ils dressèrent encoredes batteries ailleurs ,• ce qui étonna fort les assiégés ; mais ils rompoient f effort du bé-lier avec des cordes qui en détournoient le coup ce qui ne se pouvoit faire que par lemoien du corbeau ou du loup. Le bout d’en bas de ces cordes formol t plusieursbranches en lacs courants, avec lesquels on faiflsiòit la tête du bélier,, qu’on élevoiten haut par le moien de la machine.
Ils ufoient de cet artifice ,continue l’Auteur ; ils attachoient par les deux bouts unegrosse poutre avec de longues chaînes de fer, qui tenoient départ & diantre à de lon-gues pièces de bois, lesquelles panchoient fur la muraille; & comme le bélier vernit àjouer, ils levoìent cette poutre en Vair-, & la lais]'oient tomber de travers fur la têtedu bélier ; ce qui le rendoìt fans effet. Lipfe met cette machine au nombre des corbeaux,il ne faut pas le chicaner là-dessiis ; puisque ces fortes de machines pouvoient être tour-nées ii des usages différons, à amener,à enlever,à détourner,à rabattre: la simple in-spection de celle-ci la fait aisément comprendre, fans qu’il soit besoin d’aucune autreexplication. C’étoient deux corbeaux ou deux loups, enfourchés r & tournant fur leurspivots, mis fur une même ligne à la distance de la longueur de la poutre suspendue àles deux extrémités, par le moien de laquelle on rabattoit les coups du bélier en haus-sant & baillant les deux corbeaux. II y a un fl grand nombre d’exemples de cette ma-chine dans les Historiens de l’antiquicé, que ce seroit de l’érudition perdue que d’enrapporter davantage.
Je reviens au corbeau des Tyriens, duquel j’ai déja parlé, & dont Perrault, dé íàpure autorité, attribue l’invention au Consul Duillius. Quinte-Cursc parle de ce cor-beau, mais d’une maniéré si déguisée, si envelopée, qu’il saut être devin pour lare-çonnoître. Citons le passage de cet Historien. Corvos namque ad implicanda navigiaqtus mtiros fubibant ,valìdis a feribus corvos & ferreas manus illigaverant, ut cum tor-mento ajferespramayijfent, Subito laxatis funibus injicerent. Je défie qu’on trouve Jemoindre sens dans ce paíïàge, quoiqu’on y rencontre le terme de corbeau. Si un denos modernes avoit écrit aussi ténébreusement que cet ancien, je pense qu’on l’eût écor-ché. Je fuis persuadé que Vaugelas passia de très-mauvais quarts d’heure k rendre cesendroit clair. Que pouvoit-il faire, linon de nous donner galimatias pour galimatias?Voici sii traduction. Car pour incommoder les navires qui approchaient de leurs murail-les, Us attachoient des grapins ,des faux, des mains de fer ct? des solives, ou des pou-tres: puis aiant bandé leurs machines faites comme des arbalètes, ct? ajuflé dessus ait