LIVRE. I. CHAP. IV. 79
vers tourne fur son point d’appui par le moien d’un pivot. II falloit que la machinesuspendue fut quarrée, & semblable à nos cailles où l’on met les Orangers à Paris;il devoir y avoir une porte qu’on baiíìbit, & qui fervoit comme de pont pour palierfur la muraille. Dans le tellenon de Végéce, il paroît clairement que cette caille é-tóit telle que je la représente. II feroit superflu de donner une plus ample explicationde cette machine, la ligure que j’en donne suffit pour la rendre intelligible au premiercoup d’œil. Cela ne m’empêchera pourtant pas de citer le paíîàge de l’Auteur mili-taire , cela me semble néeeflàire.
Le tellenon, áit-il,eff composé L un grospieuplanté en terre, qui sert de point L ap-pui à une longue pìéce de bois mise en travers & en équilibre: de telle forte qu'en bais-sant un bout f mitre s'éléve. A Tune de ses extrémités, il y a une machine faite deplanches, ou garnie d'un tifju d'ozier capable de contenir t f ois ou q'uatre hommes ar-més, qu'on éléve & qidon transporte fur la muraille.
La machine dont fe servit Hérode, pour déloger un grand nombre de brigandspui défoloient le pais, & qui s’étoient retirés dans les cavernes & les crevasses de cer-tains rochers & de montagnes inaccessibles, & pendantes en précipice : cette machi-ne , dis-je, étoit très-íimple : en rigueur elle ne devroit pas être mise au rang des cor-beaux ; mais qui me dira qu’Hérode ne mit pas les grues en jeu ? Personne : la des-cription que Josephe en fait,' est digne de la curiosité du lecteur.
Ces Cavernes, dit l’Auteur Juif dans la traduction d’Arnaud d’Andilly, êtoient dansdes montagnes affreuses & inaccessibles de toutes parts. On ne pouvoit y aborder quepar des sentiers très-étroits & tortueux; & Ton voioit audevant un grand roc escarpé ,qui alloit jusques dans le fond de la vallée, creusée en divers endroits par T impétuositédes' torrens. Un lieu fì fort d'affìéte étonna TIérode, & il ne Javoit comment venir àbout de fon entreprise. Enfin U lui vint en T esprit un moìen auquel nul autre n'avoitpensé. îl st descendre jusqu'à Ventrée des cavernes, clans des coffres extrêmement forts ,des soldats qui tuoìent ceux qui s'y étoient retirés avec leurs familles, <£? mettaient lefeu dans celles où Ton ne vouloit pas fe rendre; de forte qu’il extermina cette race devoleurs parle fer, ou par le feu, ou par la fumée. Revenons à notre tellenon.
Nous n’avons garde de croire que cette machine ait été inventée pour guinder &jetter des hommes fur les tours ou les murailles des villes assiégées : k moins qu’onne dise que le grand nombre de ces machines pouvoit être d’un grand effet, étant po-sées près k près, cela pourroit être; mais comme il n’y en a point d’éxemple dansaucun Historien ancien, petit ou grand, cela me fait croire que ce guindage nefut inventé que pour reconnoître ce qui fe faifoit fur les tours, ou dans l’interîeurdes murailles des villes assiégées, & pour cela un homme fuffifoit tout autantque quatre.
Cette maniéré de corbeau n’est pas si peu sensée, ni si mal imaginée, qu’elle nepuiflè être de quelque usage dans nos sièges. J’ai lieu de m’étonner que lesanciens, dont le génie inventif, en fait de machines de guerre, étoit infiniment audeflus du nôtre, ne se soient pas apperçûs que ce long matéreau tournant en toussens, s’élevant & s’abaiílànt fur son point d’appui, pouvoit les mener plus loin quede transporter des hommes dans une efpece de cage. On fait qu’on manie très-ai-sement la grande vergue d’une galère, suspendue & accolée au mât maître par sesracages, qui ne laiíîèrit aucun frottement, & facilitent le mouvement de la vergue :°r cette vergue, qui est en deux pièces, égale, ou peu s’cn faut, la longueur dubâtiment, qui a vingt-deux toises de long. Je m’étonne, encore une fois, que cesgrands génies n’aient pas inventé une échelle planchée, ou une maniéré de pont àsembuque aílèz large , pour y faire palier deux hommes de front. Cette íâmbu-