83 HISTOIRE DE POLYBE,
OBSERVATIONS
Sur les deux combats de Tyndaride .
S I.
Fautes de part & d?autre.
Oici un Général qui commet dès I’entrée une lourde faute, qui fe trouve tout
auíïï-tôt suivie d’un échec très-mortifiant. Les anciens appelloient ces fortes
de débuts, Errare à lìmine. On peut bien s’imaginer qu’un Général qui fait un pastrès-dangereux dès le seuil de la porte, ne fauroit aller fort loin fans boiter tout bas.Gela arrive dans presque toutes les affaires du monde,de petite ou de grande impor-tance : je dis presque, car dans celles de la guerre, qui que ce soit ne reconnoìt untel partage. Tout est grand, rien de médiocre. . II n’y a point de milieu dáns lesfautes, il n’en fut jamais de petites. Elles naiíîènt les unes des autres, elles vonttoujours croiilànt C prodigieusement vite, que si le remède ne fuit avec'la même ra-pidité, on ne peut éviter fa ruine. ' Le Général 11 ornai n y couroit à grands pas, &ía faute devenóit irréparable, s’il 'estt eu en tête un ennemi plus habile & moins né-gligent à poursuivre fes avantages.
Polybe nous apprend la source & í’origine de la disgrâce du Consul ; il f attribue àla trop grande opinion qu’il avoir du courage & de la hardiesse de ses troupes, beau-coup plus encore a fa présomption, & au mépris qu’il faiíoit de son ennemi. II nousfait encore remarquer que celui-ci ne penfoit'pas moins déíàvantageufement de son an-tagoniste , & que le mépris de l’un n’étoìt pas moins bien fondé que celui de l’autre.Nous ignorerions encore le nom du Général qui comiuandoit I’armée Carthaginoise,li ì’Auteur ne nous l’avoit appris dans la bataille d’Ecnome, qui suivit de st près lesdeux combats de Tyndaride. On y volt que le Chef de P aile gauche était ce mêmeAmilcar ,qui avoit dé j a commandé au combat donné à Tyndaride. II n’arriveque tropsouvent à notre Auteur de tomber dans un défaut d’éxactitude., qui mérite quelquereproche, & auquel les Anciens étoient peu sujets: c’cst qu’il n’écarte pas feulementle-nom des Officiers Généraux qui ont commandé à une aile ou à un centre, ou qui•ont eu part à la gloire ou à la honte d’un combat: mais encore le nom du Chef fousles ordres duquel ils .avoiem combattu. Une action si remarquable étoit-elle si peu.de chose, que nous dstffions ignorer, qui étoit l’Amiral de la flotte Carthaginoise ?Qui auroit jamais pensé de le trouver en tout autre endroit que là où il devroit être-,pendant que l'Historien n’oublíe pas le nom du Vicc-Amiral, qu’il ne nous importeguéres de savoir, & qui n’arriva qu’après l’affaire finie?
II fe paílè ici deux combats aussi peu décisifs l’un que l’autre, mais, qui ne lais-sent pas d’être très-considcrables. L'Auteur n’cn paflè aucune des circonstances né-cessaires , & il les accompagne même de quelques remarques pour l’instruction desgens de guerre.
J’admire Régulus., auquel il prend une boutade qui omerolt fort ces sortes de Ro-mans , ou les Héros fout les plus grandes folies, mais qu’on ne fauroit trop blâmer
dans