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Tome premier.
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L I V REI. C II A P. V.

dans un Général d’armée : quand même cette hardieflè inconsidéréc suroît eu un suc-cès auffi heureux, qu’il fut triste & honteux pour lui.

II faut avouer qu’un Général qui a des forces suffisantes pour combattre ion enne-mi, & qui s’avance fur lui avec la moindre partie par un trop grand désir de vaincre,commet une imprudence très-grande. C’est celle du Général Carthaginois; mais celledu Romain est-elle moins grande? Ne fait-il pas voir ici &en Afrique, où nous leverrons bien-tôt, qu’il étoit un de ces hommes qui s’imaginent que le courage feu!suffit pour remplir le devoir d’un Général. A peine est - il informé que Fennemi pa«roi t, que son impatience le transporte. II donne ordre aux troupes de s’embarquer,& de lever l’ancre; & fans penser à ce qu’il va faire, il fort du port avec dix vais-seaux qu’il avoit en état de combattre, tant il étoit mal instruit & peu fur ses gardes.Il fe hâte donc de sortir: trop de circonspection eût fait manquer l’occasion; elle é-toit belle, s’il n’eût combattu Fennemi à forces si inégales; il vogue à lui plein deMépris, comme h une victoire assurée; il l’attaque fans hésiter, & fe trouve avoiraffaire à une ligne toute formée. Les Carthaginois qui le débordent à fcs ailes,-ledoublent & l’envelopent promptement. Le Consul fe fauve à peine avec son vaisseau ;ïtprès en avoir perdu neuf pour acte de ses diligences. Un homme qui fore d’un com-bat en si petite compagnie, doit être bien honteux.

La défaite-d’Annibal par Duillius ne vint que d’une faute presque semblable. Elleeût dû servir de leçon à Régulas pour Fempêcher d’y tomber, il mérite d’en serviraux autres. Voilà’ce qui arrive aux Généraux téméraires & imprudens, qui songentplus à la victoire qu’aux précautions de fe Fasiiircr.

Désespéré & confus d’un tel début de campagne, dont il étoit lui seul coupable,& réfléchisiànt d’ailleurs que les fuites de cette affaire pouvoient devenir fâcheuses,quoique la perte ne fût pas fort grande , il songe à réparer fa faute par une résolutiondigne de son courage, & qui étoit peut-être un effet de l’extrémité où il fe tronvoic.11 n’y avoit pas un instant à perdre, il falloit sortir du port, & attaquer avant que lesforces d’Amilcar fe fuíîènt réunies. Se voiant en état d’agir il débouche & fe met anlarge. Le Consul étoit brave & résolu, il étoit d’ailleurs aflùré du courage & de labonne volonté de ses troupes : prévoiant ce que l’ennemi pouvoit faire, il vit biende quelle conséquence il étoit de Fattaquer, séparé comme il étoit du reste de son ar-mée. En effet s’il eût tardé davantage, il étoit h craindre qu’Amilcar ne fe ravisât,tout au moins après la jonction de son Vice-Amiral, & qu’il ne vint le brûler, ouRenfermer dans le port, ou le combattre avec un très-grand avantage à mesure qu’ilen fortoit. On peut voir par ces réfléxions, que Regulus mit à proíìc fa disgrâce, &que si la témérité le porta d’abord trop-tôt aux ennemis, un courage éclairé lui fitensuite saisir le moment précis, où il pouvoit réparer l’on honneur.

Pour peu que le Consul eût tardé à fe déterminer, Amilcar avoit le teins de ras-sembler toute fa flotte, & de profiter de la plus belle occasion du monde de terminerc ette affaire. II l’eût pû même fans cela, comme je le dirai bientôt ; mais ce qui mefrit douter de son esprit & de fa hardiesiè, c’est que la faute d’Annibal étoit encoresoute fraîche, il en avoit été le témoin: n’étoit-ce pas là une bonne leçon? 11 re-to mbe pourtant dans la même faute que son devancier. Voilà ce qu’on ne fauroit par-donner dans un homme de guerre.

Voiant que les Romains íè mettoient en mer avec toutes leurs forces, pour recom-mencer un nouveau combat; il avoit deux partis à prendre, tous deux excellens &f, 'ès-capables de lui donner une très-grande supériorité fur son ennemi. Comme ces for-c cs étoient enfermées dans un port, donc il pouvoit aisément empêcher la sortie, com-ment ne penfa-t-il pas à les arrêter? Pour un deíìèin de cette nature,il n’avoit beíliaTo;r.e L M