III
LIVRE 1. CHAP. VI.
§- UL
Surprise du camp des Carthaginois par les Romains. Exemple de pareille surprisedans la guerre d''Aléxandrie. Elus de gloire à entreprendre deux choses , quand,on le peut , que de se borner à une seule.
O N ne peut guére raisonner que fur des conjectures h regard de la situation ducamp des Carthaginois, & de la disposition des deux armées. II s’agit icfd’une surprise : mais il paroît par le commencement & par les suites du combat, quefarinée de Carhage eut le tems de fe former fur la pente de la hauteur du côté de laplaine, je ne laisiè pas, par le peu que nous dit Polybe, de me former une asièz bonneidée de la situation des lieux, pour régler à peu près là-desius f ordonnance des deuxannées dans l’attaque comme dans la défense ; la tactiqne de ces deux peuples nousétant asièz bien connue.
Le Général Romain aiant fait reconnoître, & reconnu peut-être Iui-même, • & lahauteur & le pais, pour aller à f ennemi, conçut sort bien , dit notre Auteur, que cequ'U y avoit de plus fort & déplus à craindre dans F armée des' ennemis , dtoit renduinutile par la situation des lieux. II craignoit d’ailleurs qu’ils nese rasiurastènt en pré-sence d’une armée qu’on redoute dans l’éloignement, lorsqu’on a l’efprit frapé desdéfaites & des infortunes précédentes : mais que l’on cesiè de craindre lorsqu’on enest proche, & que l’on fe familiarise, pour ainsi dire, avec elle. Plutarque a raisonde dire dans la vie de Marins, que dans les choses terribles la nouveauté ment beaucoupa F imagination , & lui fait paroître des choses qui ne font point , & que Faccoûtu-mancé au contraire fait perdre aux choses naturellement les pïus terribles , la plusgrande partie de ce vain épouvantail qui fait notre effroi. En effet lorsqu’on craintmoins on voit les choses avec un esprit plus libre, & l’on en juge plus sainement ;c est-à-dire, que le jugement augmente à mesure que la peur diminué. Si les Ro-mains , qui voioient tout ce que Fennemi pouvoit faire , euíiènt attendu que l’un eûtpris la place de l’autre, ils euïïènt été attaqués tout les premiers; il falloît diligentes& preílèr l’éxécution de leur entreprise, c’est à quoi le prévoient & vigilant Consulne manqua pas.
II détache un grand corps de son armée , avec ordre à celui' qui le commandoit deprendre un grand circuit, & par des routes détournées de gagner les derrières de lamontagne, fur laquelle l’ennemi étoit campé & de mesurer fi bien son tems qu’ilpût arriver peu après que l’affaire seroit engagée du côté de la hauteur qui regardoitla plaine. II s’attendoit bien que les Carthaginois, ne craignant rien de ce côté-là ,feroient tous leurs efforts de l’autre, & y feroient palier toutes leurs forces. II ne fetrompa pas dans ses conjectures.
Ceux qui dévoient tourner la montagne, durent fans doute partir plutôt & arriveravant le jour, & le gros de l’armée plus tard: cette affaire fe pasià un peu avant lejour,, selon toutes les apparences.
Ce n’est pas asièz à une armée, pour n’être pas surprise ,que d’avoir le tems de feformer & de fe mettre en bataille devant un ennemi, de la marche duquel elle n’a euaucunes nouvelles. II faut outre cela, qu’on soit si bien fur fes gardes que l’on soitpréparé à tout événement. Lorsqu’on se précautionne de la sorte r le soldat nes’étonnePoint. Les Carthaginois ( 2 ) attendent les Romains fur la pente de la montagne, avec1 avantage de la hauteur qu’ìls avoíent fur eux ; ceux-ci la montent en hâte, les Car-thaginois les attendent de bonne grâce, Lorfqu’ils commencent à monter,”qui est lé