u6 HISTOIRE D E P O L Y B E,’
que toutes ses troupes fussent arrivées, qu’à hazarder le combat; cela résolu,il engagetoujours f affaire ,' & fit voir dans cette occasion par fa conduite, qu’il connoiíîòit par-faitement le génie de la nation, à laquelle,violente & impétueuse comme elle est, i!ne faut pas donner le tems de réfléchir fur les dangers les plus évidens de la guerre. Onvit aussi alors qu’aux esprits vifs & tout de feu, tel que le sien, les cas imprévus &les résolutions subites font plus avantageuses déplus favorables, que les entreprises con-certées de longue main, & fur tout dans les cas de surprise.
Pendant que les François fe disposent à attaquer ,& que f infanterie grossit toujours,& par intervalles, une partie de la gauche de la cavalerie ennemie s’avanca fur celle denotre droite, où étoit Puyguion. Celui-ci lui va au-devant, & la charge f épée à lamain avec tant de furie, qu’il la rompt & la met en fuite, & fe met aussi-tôt à festrousses ; mais pour s’être avancé un peu trop loin, & avec plus de précipitation que deprudence,il alla effleurer un grand corps d’infanterie & un régiment de grenadiers,&il fe vit accueilli d’une telle tempête de coups de fusils, qu’il fut obligé de faire retrai-te, & de revenir où le Maréchal le vouloir. Cette avanture favorisa le ralliment deceux qui venoient d’être battus ; ils remarchérent tout aussi-tôt aux nôtres, qui furentrepoussés à leur tour, & ramenés un peu vite ; mais comme ils étoient encore étonnésde notre premier avantage, & que notre infanterie avançoit r ils craignirent une sembla-ble rencontre. II ne fe paflà qu’un moment entre ce premier combat de cavalerie & ce-lui de l’infanterie : la nôtre s’engagea avec plus d’ordre & de résolution d’un côté com-me de l’autre, tout ne donna pas en un même tems ; les corps arrivant successivement,& fans cesse, les Généraux les menoient à la charge tout fur le champ ; mais commetout ce que faifoient les ennemis étoit plus confus, ce qui est aílèz ordinaire dans lessurprises, on peut bien juger que tout cela rendoit la forme du combat fort diverse:car l’on ne pense guére aux régies du métier lorsqu’on entre en action à l’instant qu’onarrive,chacun étant obligé de combattre, où il fe trouve, & sur le terrain que le ha-zard lui offre, plutôt que par choix, & l’on peut dire que cette action fut une suitede plusieurs combats très-fanglans plutôt qu’une bataille ordinaire. Cette victoire, se-lon toutes les apparences, n’auroit jamais eu un jour de fête assigné, si M. de Nassiurn’eut rien négligé des précautions que la guerre nous enseigne, au lieu qu’il n’en pritaucune, tant if étoit rempli-de l’opinion de fes forces, tant il méprifoit les nôtres &celui qui les commandoit; car il est certain que son armée étoit composée de tout cequ’il y aveit de regimens d’élite de l’infanterie & de la cavalerie des Alliés : cela parutassez dans le combat, qui fut très-long & très - obstiné ; ce qui ne pouvoit être autre-ment à cause de leur grand nombre, car le Maréchal fe trouvoit plus foible de plus d’untiers. A peine une brigade etoit-elle battue, qu’il en fuccedoit aussi-tôt une autre quirecommençoit un nouveau combat contre des trOupes,recrues, fatiguées & harasséesd’une marche forcée. La dixième légion, car c’est ainsi que j’appelle le régiment deNavarre, & celui du Roi : chargèrent à différentes reprises,-pénétrèrent & renversèrenttout ce qui osa fe présenter à leur paííàge, sans voir la fin ni le fond des corps qui fefuccedoient, mais ce qui sauva la partie, outre la bonne conduite & la valeur du Maré-chal, c’est qu’ìl fit charger la baïonnette au bout du fusil,méthode excellente,1a plusà craindre & la plus redoutable que nous puissions opposera nos ennemis. C’est à el-le que nous devons toutes nos victoires depuis plus d’un siécle; c’est pour savoir né-gligée dans la derniere guerre que nous avons souvent eu du dessous. Je ne pense pasque qui que ce soit en puifle disconvenir fans absurdité. De là l’étonnement où étoientnos vieux Officiers’ en voiant la plupart de nos Généraux oublier cette pratique. Ceuxqui font encore aílèz jeunes pour commander nos armées à la première guerre, ou ceuXque leur naiíìance conduit à cet honneur,font exhortés, outre l’étude de leur métier,