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Tome premier.
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l4 o HISTOIRE DE POLYBE,

vincible; pendant qu’il rétablit une République dont la chute íembloífccertaine, & relève le courage à des troupes, qui avoient perdu juíqu’au

garder un petit nombre de places & raser les an-tres , que de les conserver toutes. Cet avis étoittrès-sage & très-prudent, dans un tems que latempête étoit prête à fondre fur la te te des Hol-landois; au lieu qu’ils s'amusèrent à les fortifiertoutes par de nouveaux ouvrages, lorsqu’ils a-voient à peine le tems d’en réparer les ruines :en un mot, ils voulurent les garder , & les dé-fendre toutes, & par là ils se trouvèrent si fortaffoiblis, que leur armée fut réduite àrien par tantde garnisons. Auífi n’eût-elle garde de fe mon-trer devant celle de France, qui fit tout ce qu’el-le voulut; & comme on profite rarement de lafaute &desconseils d’autrui ,il arriva auxFran-çois la même chose qu’aux Hollandois: caraiantvoulu conserver toutes leurs conquêtes, le Roi setrouva si embarassé, qu’il vit bien-tôt la fautequ’il avoit faite, pour n’avoirpas crû les conseilsde M. le Prince, & du Maréchal de Turenne, quiétoient d’un avis contraire ,& aufqucls il eût dûajouter pi us de foi qu’au Marquis de Louvois. Carbien que ce Ministre fût un très-grand homme,& un esprit du premier ordre, il n’étoit pas hom-me de guerre. Cette faute fut très-grande, on lareconnut fort peu de tems après.

M. de Saint Evremont, qui étoit dutems destroubles de la minorité de Louis XIV. trouvoitque la Cour, comme le parti contraire, avoit faitde grandes sautes. J’aivû prendre une résolution,dit 1!, qui causoit H perte d’un grand Etat fi elleeût été suivie : j'en vis prendre une contraire le mê-me jour par un heureux changement , qui fut son sa-lut} mais elle donna moins de réputation à fauteurd’un fi hon conseil, que n’aurait fait la défaite decinq cens chevaux, m la prise d’une ville peu im-portante : ces derniers événemensfrâpent les yeux,m rimaginction de tout le monde. Le bon sens n’eftadmiré quasi de personne, pour n être connu que pardes réflexions que peu de gins savent faire. Puis-que je suis en train fur la matière du conseil, oùPolybe me conduit, descendons plus bas que letems de la minorité de Louis XIV.

Lorsque ia Réiigion de Malte prit Talarme surl’armement que !e Turc dressoít,on fìtcequ’onappelle la citation : tous les Chevaliers y couru-rent. Je fus demandé au Roi, & avec cela troisou quatre Ingénieurs François, & un Brigadier âleur tête; mais commeìl est de ces fortes d’Osiì-ciers comme des oiseaux dans les volières, dontil y en a qui chantent, & d’autres qui ne chan-tent pas, il fe trouva que le chef de tous chan-toit très-mal, qiioiqu’on crut qu’il chantât très-bier., parce qu’il fe trouva en lieu où la plupartde ceux, qui étoient au timon des affaires, com-me le plus grrnd nombre, n’entendoient pas laMusique. Ces oiseaux, en arrivant, trouvèrentque cette place, dont les ouvrages font en foule,

n’en avoit pas assez, quoiqu’il y en eût déja trop jils fe mirent à en faire de nouveaux, & à applau-dir à un grand fort que l’on bâtissoit, &quel’ostenchâssoit dans la Cotonére, qui est capable defaire une très-grande résistance. Malte renfermetrois villes, il est moralement impossible que la Ci-té Valette.qui est la principale, puisse secourirles deux autres. Jamais place n’a été de plus gran-de garde, à peine trente mille hommes fuffiroientpour défendre ces trois Villes. Je fus fort éton-né de voir qu’on faifoit de nouveaux ouvrages, &que les nouveaux venus les approtivoient fort. Jepris la liberté de demander aux Messieurs de laCongrégation de guerre, s’il étoit vrai que lesTurcs les menaçassent, L quand on Iesattendoit.II me fut répondu dans deux mois. Faites donc,leur dis-je, des ouvrages qui puissent être finisentre-ci & ce tems lá,& non pas une citadelle-dans une autre, & qui ne peut-être finie en troisans. Ne feriez vous pas mieux de défendre vo-tre Isle, plutôt que votre place, qui est bien plusaisée à emporter? En effet l’Isle est presque im-praticable, & très-diíHcile à aborder. Je propo-sai des redoutes dans les endroits où la défense é-toit la plus aisée. Le Grand Prieur de France,plus sensé, plus éclairé, & plus expérimentéqu’aucun de ceux qui étoient venus pour la défen-se de la place, fut de mon avis: mais la multitu-de , qui ne voioit goûte dans cette dispute, & Ic-SMessieurs de la Congrégation de guerre, préférè-rent le sentiment del’Ingénieur, sans autre raison,sinon que celui-ci étoit Ingénieur de profession,& que je ne Pétois pas, comme si le titre faifoitle même effet que l’imposition des mains dansl’Eglise, ótqu’avec un tel appui il ne fût pas pos-sible de mal raisonner. Cette dispute, où il nes’agissoit de rien moins que du salut de la place,dégénéra en parti, & la multitude qui se tournadu côté de l’ingenieiîr, firt plus forte que ia rai-son & le bon sens : mais cela ne dura pas long-tems. Un Ingénieur tròs-habile arriva en cetems-là de France, qui pensa tout comme je fai-sois, non pas fans rire de voir d’un côté la rai*son, f: de faune Pabsurde tout à découvert- 11s’attira tous ses Confrères fur le corps, qui jointsà d’autres gens aussi malins qu’eux; le déchirè-rent à la Cour, Malgré les oppositions qu’onforma pour ne point fortifier Plíle, infinimentplus forte que la place', le Grand Prieur deFran-ce fit conclure à fortifier Piste, & l’on suivitmon avis, qui étoit le plus raisonnable, sans qu’onfût plus équitable, ou moins échauffé contre moi-Si vous craignés d’être attaqués en peu de tenis,disois-je, faites votre capital de ia défense de vo-tre Ifle. Fortifiez les endroits par où la descen-te est aisée , par un bon abattis d’arbres fur I ebord de la mer. Ce mot d’abattis frappa ieur»