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Tome premier.
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LIVRE í. CHAP. VII. 141

sentiment de leurs défaites. C’eíl à mes Lecteurs de mettre à profit cettepetite digression. On s’instruit de ses devoirs, ou par ses propres mal-lieurs, ou par les malheurs d’autrui : le premier moien est plus efficace,mais Vautre est plus doux. On ne doit prendre celui-là que lorfqu’on yest obligé, parce qu’il expose à trop de peines & à trop de dangers ; aulieu que celui-ci est à rechercher, parce que fans aucun risque on ap-prend quel on doit être. Après cela peut-on ne pas convenir que l’His-toire est l’école où il y a le plus à profiter pour les mœurs, puilqu’ellefeule nous met à portée, fans inquiétude & íàns péril, de juger de ceque nous avons de meilleur à faire.

Après des succès íì avantageux, les Carthaginois n’omirent rien pour xantíptémoigner leur joie, soit (a) par des actions de grâces rendues folem-P e ^

oreilles, & leur parut du Grec: non feulementâ ceux qui n’avoient jamais servi ; mais encoreà l’ingenieur & aux Officiers Généraux Cheva-liers qui s’en moquèrent, tant la paillon & lacabale avoient démonté de cervelles, quoiqu’onne puisse rien présenter de plus fort & de plusredoutable à l’ennemi, & surtout dans une des-cente ; car de toutes les fortifications de campa-gne, il n’y en a point qui puisse être comparéeà celle-là, & surtout fur les brèches. Pendantcesdisputes, le Chevalier de Tressemane, qui est mortLieutenant Général, proposa de faire un camp re-tranché de laCotonére, il fut applaudi de tout lemonde: c’étoit la même chose que fi un hommeavant le siège de l’isle, avoit conseillé d'en abat-tre & d’en raser les fortifications à une certainehauteur, fur le titre de camp retranché. Je fisvoir le ridicule de cette imagination, & l’Inge-nieur nia qu’il y eût applaudi, quoiqu’il eût étéle premier en tête.

Ce qu’il y a de plus favorable aux Maltois, c’estque leur Isle est d’un si difficile abord, que dix àdouze mille hommes suffisent, & au-delà, pouren empêcher la descente tau lieu que trente millesuffiroient à peine pour la défense de Malte seule,qui devient tous les jours de plus grande garde, &par conséquent plus foible. S’ils eussent été atta-qués, il ne faut pas douter qu'ils n’eussent eurecours aux abattis d’arbres.

Lorsque la crainte fut passée, &que la Réligioneut fait sa récolté d’armes & de toutes fortes demunitions de guerre, que la France & les autresPuiílances de ia Chrétienté lui donnèrent, jem’embarquai pourm’en revenir,après m’être biendiverti de voir un parti soulevé contre le bon sens& les régies de la guerre, bien résolu de n’y re-tourner de ma vis Pendantces belles chicanes,on écrivit de ia Cour à M. le Bailli de Langeron,qu’on n’avoit point douté que je ne me fusse re-tiré mécontent. Fr ire ami, lui disoit-on, est faitpour n’être jamais crû, U pour avoir toujours rai-son. Je le répété encore, si Malte ayoit été assiégé,

dans fa

l’extrémité de leurs affaires faisoit tomber les patrie,beaux raifonnemens de l’ingenieur ; les abattiseussent été mis en usage, & l’on eût dit alors com-me Polybe,«re bon conseil vavt mieux qu’ une puis-sante armée. Tous se seroient réunis à ia vérité. Onveut primer loin du danger, on se rend justice lors-qu’il estproche. Concluons par cette maxime, queceux qui ont plus de foin du bien &du salut pu-blic , qui sont les plus fidèles, les plus sages & lesplus habiles, sont ordinairement ceux qui font lesplus sujets à trouver de grandes oppositions, &ausquels l’on marque le moins de reconnoissance,quoique leurs conseils aient été suivis.

Ça) Par des aBtons de grâces renduessolennelle*ment aux Dieux. ] Les Anciens avoient donc leursHymnes & leurs Cantiques comme les Modernes.

II rendoient des actions de grâces à leurs Dieuxavec de grandes marques de reconnoissance, &même avec plus de soiemnité que nous ne faisonsaujourd’hui, par des processions & des fêtes quiduroient quelquefois quinze jours, comme celase volt dans César. Jamais Capitaine Romain nefournit tant d’occasion de louer les Dieux pardes Cantiques, des jeux & d’autres marques deréjouissance que celui-là, &n’eut moins besoinqu’on priât Jupiter & les autres Divinités dansleurs Temples, pour lui obtenir la victoire. IIauroit bien pû faire la même réponse aux Ro-mains lorfqu’ils partoient pour farinée, que celleque fit Ajax à son pere, qui lui recommandoitde joindre toujours à la force de son courage,

& aux régies de fa conduite, l’aíEstance des Dieux.

Vous pensez comme une vieille, lui répond Ajax,pouvez-yous ignorer que les poltrons eus-mêmes nesoient: souvent victorieux avec une telle assistance?

Pour moi je m’en passe, je vaincrai bien sans cela,

C est ainsi que Sophocle fait parler Ajax, qui necroioit pas, non plus que César & le Poètelui-même, que des Dieux si ridicules éxauçassent leursprières, & qu'ils sussent dignes de leurs actions degrâces. Les processions & les prières, pour im-plorer le secours de Ia Divinité dans une guerre,

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