1*6 HISTOIRE DE POLYBE,
(a) Uns action si brillante & si extraordinaire, dans un païs étranger, FeûÉmis en butte aux traits mordans de Penvie & de la calomnie ; au lieaque dans son païs, où Pon a des parens & des amis pour aider à les re-pousser, ils Pont beaucoup moins redoutables. On donne encore une
de nous révolter, & de nous remplir d’indignation& de fureur contre un peuple, ou un Prince fa-natique, sottement superstitieux;qui condamneau dernier supplice, ou qui se défait des hommes;extraordinaires qui lui ont rendu les plus grandsservices, St qui font capables de le tirer des plusgrands embarras r car cette efpéce d’inquifition é-tablie dans les Etats, ou qu’on cherche à établir,est la plus forte machine & lemoien le plus assu-ré pour causer les plus grandes révolutions, & lesconduire à leur perte. L’on peut dire, fans crain-dre de fe tromper, que la superstition perdit A-thénes ; car dès qu’on vouloit faire périr un grandhomme, ou l’accusoit d'impiété ou d’irréligion.Si les gens de guerre, où les hommes d’Etat, eus-sent été éxemts de cette recherche à Athènes, el-le eùt été très-longtems- debout. On ne rempla-ce pas aisément les bons sujets, lorfqu’on n’ufepas d’indulgence â leur égard:au lieu quson leurpardonnant on en peut tirer de grands services.Alcibiade ne fut pas plutôt chassé de son païs,qu’on s'apperçut bientôt qu’il ne pouvoit êtreremplacé depersonne : il est aisé de nommer d’au-tres Généraux à la place des bons; mais le titrene fait pas qu’un homme soit plus habile :& pourfinir par une maxime de M. de Turtnne, dixmille Uvres de rente accordées de plus à un Of-licier fans aucun mérite, ne le rendent pas plusbrave, plus éclairé, & plus capable de comman-der : ces sortes de grâces mal appliquées ne dés-honorent pas seulement lePrincequi les donne,mais elles produisent encore'cet effet, qu’ellesabattent le cœur & le courage de ceux qui en fontvéritablement dignes.
(a) Une aílion fi brillante & fi extraordinaire ,l'eùt mis en hutte aux traits mordans de l’envie. ]Bayle dit que trois choses empêchent l'envie & lajalousie; la grâce de Dieu , le défaut des qualitésdignes d’envie, & un grand fond de stupidité.S’ii faut que la Divinité intervienne dans ía pre-mière par un miracle & une merveille de fa tou-te-puiffimee, pour arrêter & nous garantir destraits mordans de cette passion, c’est recourir àdes remèdes surnaturels que Dieu s’est refusé àlui-méme en ce monde,. & en attendant l'exé-cution de sa volonté la vertu aura beaucoup àsouffrir.
A l'égard de la seconde, je ia tiens fausse, &3a dernière encore plus': puisque nous voions tousJes jours que les, sots de la première classe les plusrenommés, & les stupides les plus avérés par leursdits & par leurs faits, vont plus grand train à lafortune & aux plus grands honneurs, que leshommes du premier mérite & a grands caiens.
lî faut conclure de là, que là sottise & la stupideté font dignes d’envie & de jalousie, & que cefont deux qualités très-refpectables dans presquetoutes les Cours des Princes. Cela fe remarquedans les gens du monde, & dans les gens d’si-gillé , qui font mille fois plus avides & plus am-bitieux que les autres dans leur efpéce d’ambi-tion. 11 ne faut ni esprit, ni vertu pour cela. Cesont des sentinelles qui fe mettent en factionconstamment & perpétuellement, tantôt chez-l’un , tantôt chez l’autre, jufqu’à ce que la for-tune en prenne pitié, & les réléve de sentinellepour en mettre d’autres en leur place, à la por-te ou dans Pantichambre, & alors ceux-ci fontenviés tout comme les autres qui ont fait semé-me métier.
Les Cours des Princes ne font pas toutes rem*plies de ces sortes d’individus, il y. en a qui rai-sonnent d'eux-niêtnes, qui parlent, qui agissent,.& qui se remuent avec une vivacité & une ardeurextraordinaire, qui bien loin d'être sots & fansesprit, comme les autres, font au contraire très*fins, tres-subtils & très déliés; on ne volt chezeux que belles qualités. Mais la fortune, en lesélevant, fait tomber le masque, & c’est alors qusl’on voit à découvert & à nud les défauts & les vi-ces qu’ils tenoient auparavant à la chaîne; ils nefe montrent pas cependant d’un seul coup, matepar degrés selon lebesofn. Us mettent encoree:icampagne plusieurs passions & plusieurs vicesqu’ils avoient eu grand soin de couvrir & de cacheravant leurs grands sauts de fortune, ou qu’ils necroioient pas dans eux, ou qui naissent par je nefat quelle fatalité contagieuse attachée à Pair de teCour. lis les mettent alors en usage, & ies fontcingler à pleines voiles, pour aller plus loin ailpréjudice des autres. Si l’on y prend garde, tou-tes. ces passipns & tous ces vices ont leur principedans Penvie, qui les traîne tous à fa fuite, c’estelle qui régie & qui dispose toutes les machinespour ruiner & pour renverser la fortune doceux dont ils craignent le mérite & la concur-rence.
Ce qu’il y a de bien surprenant, c’est que ceuXqui sont au timon esos affaires du Gouvernement»-& qui connoissent parfaitement les ruses & les sou-plesses de cette passion, font toujours plus nou-veaux dans les pièges qu’on leur tend contre sesgens de mérite les plus dignes d’être enviés ; &ceux là même, qui les ont tendus aux autresa-vant leur élévation, s’y trouvent pris: tant te . 3hommes font peu en ga> de dans ie mai qu’on dstd’autrui, & tant au contraire ils font désians Jansle bien: car il fautpius deruses ôtd’artifìcespouc