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Tome premier.
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LIVRE! CHAP. VI! H?

autre raison de la retraite de Xantippe. Nous aurons ailleurs une occa-sion plus propre de dire ce que nous en pensons.

Les affaires d 1 Afrique aiant pris un autre tour que les Romains n’a-voient espéré, on pensa tout de bon à Rome à remettre la flotte surpied, & à tirer de danger le peu de troupes qui s’étoìent échapées dunaufrage. Les Carthaginois , au contraire, pour se soumettre ces trou-

faire passer celui-ci, que l’autre. Combien s’entrouve-t-ii peu du caractère de ceux dont parle laîvlotte le Vayer, qui méj tirent les vertus au pied dei' envie , comme ceux qui prennent les dimensions descorps par leur ombre. J’ai lû quelque part dansVoiture, que c’étoit fur ce pied-là que le premierMinistre du Roi d’Espagne en usoit, & qu’il luiîivoit dit qu’il ne jugeoit jamais plus avantageuse-ment d’un sujet, que par le mal qu’on lui en di-soit avec peu de certitude, & qu’à mesure que lenombre des calomniateurs grossissait pour le per-dre, il avoit plus d’eslime pour lui, & plus de cu-Tioíìtí pour le bien connoître ; qu’il n’y avoit riende plus fur pour déterrer la vertu, & la distinguerde la foule, & que c’étoit là fa baguette divi-natoire, & fa lanterne pour trouver le mérite ca-ché.

Combien de fourbes & d’envieux lesPrinces ouleurs Ministres ne découvriroient-ils pas par lemoien de cette lanterne ? Celle de Diogéne ne va-lut jamais rien; il ne trouva jamais un homme debien,au lieu que l’autre en rencontroit toujoursavec la sienne, & l’envie qui le cache, qui le cou-vre, & qui ('obscurcit de fes vapeurs les plusnoires, lui fervoit eile-même de guide fans lesavoir.

Ce sage Ministre ne se fervoit jamais mieux defa lanterne, que lorsque les ténèbres étoient bienépaisses, & la cabale grosse & bien ameutée con-tre ceux qu’elle vouloit perdre. Ces sortes decomplots, que l’envie forme, font fort ordinairesdans les Cours & chez les Grands du monde.C’ est de toutes les batteries des envieux la plusredoutable, & contre laquelle la prudence íaplus rafinée n’a point de précaution à prendre,tant l’envie est ingénieuse contre la vertu quinous pefe & nous incommode.

Le même Auteur, que nous avons déja cité-,avance une chose qui a tout l’air d’un sophisme:Tant s’en faut, dit-il, que l’envie soit un vice:t/a’ au contraire elle est très-famìliére de la vertu. Jene vois rien de plus faux que cela, I’en vie est untrès-grand vice, & très opposé à la vertu, à moinsqu’il ne veuille dire que les envieux fontàla fui-te de cette vertu, comme les Archers à celle d’uninnocent qu’on va prendre fur leur témoignage.A deux pas de là l’Auteur nc laisse pas de fe con-tredire , car i! nous dépeint cette envie comme uneMtgére qui nous fait voir le champ d'autrui tou-jours plus fertile, (f qui jeroit capable, dit un Pé-r< > ue rendre k Paradis un Enfer à cause de /»

gloire commune , fi on y pouvoit entrer avec cettefurieuse passion. Voilà son envi e,très-familieredela vertu, une passion & un vice très-furieux plu-tôt qu’une vertu. Ne voit-on pas tous les joursune infinité de gens de mérite, dont on ne fau-roit craindre ni redouter la concurrence, & quiluttent au contraire fans cesse contre la mauvaisefortune; ne voit-on pas, dis je, ces gens-là né-gligés, & persécutés, par pure haine contre les ta-lens & les qualités dignes d’estime? Mais c'est bienpis lorfqu’on se ligue contre les hommes extraor-dinaires qui ont rendu des services importans âleur patrie, ou qui font capables de leur en ren-dre. Ces fortes de complots font très redoutableslorsque le parti estpuissant, & que les femmes s’yfourrent. Les moiens dont on fe sert font sou-vent très-ridicules & très-grossiers, & ne laissentpourtant pas de réussir. Quoi de plu- mal ima-giné que ceux qu’on emploia contre le feu Maré-chal de Catinat?Onfe mit en tête de le faire pas-ser pou r sou, c’étoit cependant le plus sage de tousles hommes. N’étoit-ce pas l’attaquer par le cô-té le moins abordable? Et cependant cette extra-vagante machine fit le coup contre ce grand hom-me.

La disgrâce du feu Marquis de Feuquiérës eutune cause moins ridicule, quoique fans fonde-ment ; il n’alla pas fi loin que i'autre dans les hon-neurs de la guerre, mais j’oferois presque assurerqu’il eût égalé, & peut-être surpassé le Maréchalen grandes action s, íî une cabale n’eût conjuré laperte de cet excellent Officier, l’bomme du mon-de le plus capable de commander nos armées. Jen’en ai guéres vû de plus habile, de plus appliqué,& d’une valeur plus épurée. L’envie fe mit encampagne, armée de toutes les calomnies qu’onpuisse ranger en bataille contre un mérite de cetteforce. II succomba, & se retira très-sagement;s’il eût dépendu defes envieux,ils l’eussent faitnoier comme Xantippe. J’ai un éxemple qui vienttout à propos, que nous n’enverrons point à uneautre occasion. II roule fur ces sortes de machi-nations, je l’ai trouvé dans la vie de ['EmpereurSévére Aléxandre. L’Auteur dit que divers mè-chans, qui s’étoient ligués ensemble pour tromperAlexandre, eurent d’abord l’adresse de surprendrepar leurs intrigues V esprit du jeune Prince, jusqu’àlui faire éloigner les personnes qu’on avoit mis au-près de lui; mais il eikqffez de prudence pour recon-naître auffi-tút leur malice: il les chaffa, les ft mê-me mourir du dernier juppUce par k jugement du

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