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Tome premier.
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L ï V R E î. C H A P. X. jfy

nouveaux Ouvrages succédant toujours aux premiers, & s’avançant deplus en plus, enfin ils culbutèrent six tours qui étoient du même côtéque la précédente, & entreprirent de jetter bas les autres à coups debélier. Comme ce siège se poussoit avec beaucoup de chaleur, que destours il y en avoit chaque jour qui menaçoient ruine,& d’autres qui é-toient renversées, que les ouvrages s’avançoient de plus en plus, & jus-qu’au dedans de la ville, les assiégés étoient dans une épouvante &uneconsternation extrême,quoique la garnison fut déplus de-dix mille sol-dats étrangers, fans compter les habitans,& qu’Imilcon quicomman-doit fit tout ce qui étoit possible pour se bien défendre, & arrêter lesprogrès des affiégeans. 11 relevois les brèches, il saisoit des contremi-nes. Chaque jour il voltigeoit de côté & d’autre, il guêtoit le momentoù il pourroit mettre le feu aux machines: & pour lè pouvoir, il livroitjour & nuit des combats plus sanglans quelquefois, & plus meurtriers,que ne font ordinairement les batailles rangées.

Pendant cette généreuse défense, quelques uns des principaux Offi- Trahì-cìers des soldats étrangers, complotèrent entr’eux de livrer la ville aux son dé "Romains. Persuadés de la soumission de leurs soldats, ils passent denuit dans le camp des Romains, & font part au Consul de leur projet.

Un Achéen, nommé Alexon,qui autrefois avoit sauvé Agrigente d’u-ne trahison que les troupes à la solde des Syracusains avoient traméecontre cette ville, aiant découvert le premier la conspiration, en alla

ne fe rebute pas, il faut bien que la place fs ren-de. Le voilà très-glorleux de fa conquête, l’antrene le fera pas moins de fa. défense .-tons les deuxéblouiront les sots, mais ses gens éclairés qui ontla vûe moins foíb!e,en penseront tout différem-ment.

S’il faut le dire en passant, tous les sièges fontpresque íes mêmes dans l’attaque comme dans ladéfense. Celle-ci paroît une science dans les An-ciens, & même très-profonde : c’est aujourd’huinne routine,l’autre Test encore plus;on ne vaPas plus loin que certaines régies déja surannées,au lieu que les habiles gens suivent des méthodesdifférentes dans leur façon d’aíîìéger ou de se dé-fendre; il y a toujours quelque nouveauté ,&fou-v ent tout est nouveau dans une-défense. 11 estdes sièges comme des batailles: un Général ducommun en gagnera dix contre un autre très-a u-dessous. Quel dégât de superlatifs & d’élogesambulatoires! Il sera mis tout au moins au ni-v eau de César & du grand Aléxandre. S’il enrencontre un autre fort au dessous de ces deuxSrands hommes, mais pourtant fort au dessus' de lui, il en perdra autant & au-delàqu’i! en au-ía gagné, le voilà dégradé de tous ces titrespompeux de grand homme, d’homme excellent ;a ! tombera dans le dernier mépris, & il en fera^gne.

Tome 1.

Le siège de Lilybée est mémorable, parce quela science & la valeur se trouvent dans les Chefsdes deux partis. Rien de plus savant, rien deplus beau, rien de plus instructif que cette atta-que, rien de plus admirable & de plus profondque cette défense : tout ce que Part a de plus sin& de plus rusé, paroît ici au plus haut degré deperfection. On y voit tout ce que nous avonsde chicanes, parallèles, fnppes, retranchemensderrière les brèches, jusques dans rintérieur dela ville, galeries souterraines, contre-galeries,combats dans ces lieux souterrains: ceux quifont les moins taupes des yeux & de l’efprit,rendent inutiles les ouvrages des autres ; tout cequi se passe fous terre est admirable, tout ce qu’onvoit dessus est surprenant. A-t-on jamais ouï par-ler d’un siège, où les sorties font des batailles enforme, & où l’on perd tout autant de monde,soit pour ren verser les travaux, soit pour les dé-fendre. Voilà assurément un beau sujet de Com-mentaire, nous n’avons garde de le laisser écha-per. II nous a fourni un ouvrage régulier del’at-taque & de la défense des places des Anciens, Lun nombre d’obsei vations farces deux parties dela guerre: comme c’est ici un des endroits desplus curieux, îe plus neuf & le plus intéressant dece grand ouvrage, j’y renvoie te Lecteur, quilstrouvera à la fin du premier Livre de I’olybc.

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