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Tome premier.
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206 H ï S T O T R E DR P O L Y B E,

heurs, & fur tour dans k guerre de 1701. le même esprit d’errcur & d’aveuglemerasubsistant toujours, malgré les avis des plus sages, qui voioient qu’en remettant furpied la marine, nous étions en état d’arrêter les progrès de nos ennemis.

Les Romains n’abandonnércnt la marine que par impuiíìànce ; & dès qu’ils trouvè-rent Texpédient de lever une flotte, ils reprirent la mer & de nouvelles espérances ; lescôtes de l’Italie se virent alors garanties des descentes des Carthaginois. Ils firent le siè-ge de Liiybée, gagnèrent une grande bataille fur mer, & furent si bien en profiter,qu’ils bloquèrent l’armée d’Amilcar devant Eryce, qui ne recevant plus aucune secoursde Carthage, obligea ce Général à demander la paix au nom du Sénat de Carthage ; paixdont les conditions furent fi rudes & fi honteuses, que les Carthaginois furent con-traints non seulement d’abandonner aux Romains tout ce qu’ils avoient de places dans laSicile, mais encore de leur paier trois mille deux cens talens d’argent,somme exorbi-tante pour ce tems-là: tant cette maxime qu’on attribue à Pompée aíîèz mal à propos,est véritable, que qui peut être maître de la mer Test de la terre. Nous avons ignorécette maxime en France, pour en prendre une autre toute contraire que nous suivonsconstamment, plutôt par ignorance que par mauvaise volonté, ou par défaut de moiens.

OB SERVATIONS

Sur la bataille navale d'Eglise,

§- I-

^ Victoire âes Romains. Pourquoi Amïlcar dalla point au-devant de Hanmn.

L Es Romains, qui avoient abandonné la marine par tant de naufrages, s’apper-çùrent bien-tôt qu’il leur étoit impossible de fe maintenir fur terre, d’y faire desconquêtes, & de garder même celles dont la conservation leur importoit si fort pours’aíïíirer du reste de la Sicile, s’ils n’étoient maîtres de la mer. L'esprit le moins rafinéen eût pensé tout autant ; c’est une de ces vérités qu’on kifiè en propre au seul senscommun. Un Ministre, ou un Prince, qui n’auroit rien au-delà, en uferoit tout demême que les Romains.

On attaque fort inutilement une place maritime, si la mer ne lui est tout à fait in-terdite. Le siège de Candie en est une bonne preuve, c’est dommage qu’il n’ait pasfait le sujet d’un Poème Epique comme celui de Troie. Le siège de Ceuta a, jepense, rempli trois fois le terme des deux premiers: nous n’en verrons jamais le bouttant que les assiégés auront la mer libre ; il en est de même de ceux de tenu que deceux de mer. Le siège de Verrue dureroit encore, : si feu M. de Vendôme ne fe futavisé de couper chemin aux secours. Celui de Keiserswert n’eût-ii pas resièmblé àcelui de Ceuta, si la mode d’envoicr des ordres de {& rendre fans aucune nécessité,n’eûtété toute établie en France? Le Marquis de Goesbriand en reçut trois pour ren-dre Aire: s’ii eut tenu bon au troisième, les Alliés fe fûíîènt infailliblement retiréstrès-honteufement, quoique ce brave homme eût à proportion infiniment plus d’en-nemis en dedans qu’il n’en avoit au dehors.

II ne restoit aux Romains, pour achever la conquête de la Sicile, que Liiybée & E-