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Tome premier.
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L I V R E I. CHAP. XIII. 20?

ryce. Ils voioient bien qu’ils y perdroient inutilement leur tems & leurs peines, s’ilsíie remontoient fur mer. Point d’autre parti à prendre que celui-là. J’avois trop bon-ne opinion de ces sages Républicains, pour croire qu’ils euílènt été si longtems fanspenser à la construction d’une nouvelle flotte. Ils n’eusiènt pas différé d’un momentcette entreprise, si les moiens ne leur euílènt plutôt manqué, que le désir d’y satis-faire. Ce n’étoit guéres leur coutume de se ménager, & d’user de retardement en pa-reilles conjonctures. II vaut mieux faire un bon effort, tenir la mer & la terre,dou-bler ses forces, 6: tenter tout pour cela, que de doubler le tems. L’un nous met enétat de finir bientôt la guerre par la conquête des places qui nous restent à prendre,& sature nous expose à perdre ce que nous avons gagné.

Ce ne fut jamais la maxime des Romains de tirer les affaires en longueur par lesdéfauts de préparatifs. Leurs guerres étoient sortes & courtes, mais vives. Ils necroioient pas qu’une languissante défensive, ou des efforts médiocres fussent dignes dunom Romain, de leur courage & de leur íàgeílè. C’étoit leur politique, il n’y ena point de meilleure.

Notre Auteur n’entre dans aucun détail, & ne dit pas un mot de l’ordonnance desdeux armées : je n’ai garde de m’en plaindre. S’il y avoit eu quelque chose de nou-veau dans la disposition de sune des deux armées, il n’eût pas manqué de nous rappren-dre ; car de tous les Historiens de Fantiquité, il est peut-être le seul qui soit le moinssujet aux défauts, aux variations, & au peu d’éxactitude des autres, qui courent àFaction lans parler des mesures qui la préparent & qui la précédent. On voit bienqu’il n'avoit pas beaucoup à dire dc~ ces mesures, en récompense il nous fait voirbeaucoup de prévoiance & de hardiesse dans la conduite de Lutatius.

Hannon étóit informé que les Romains étoient en mer. II sentoit bien qu’il n’étoitpas en état de leur tenir tête, & qu’il ne pouvoir rien Lire de plus avantageux &deplus prudent, que de leur échaper & d’évitc-r leur rencontre. Son dessein, dit Polybe,éìóit (saborder à Eryce faus être apperçû des ennemis , d’y décharger ses vailjçaux\dc gros r ensuite son année navale des soldats étrangers , daller avec Bar cas présentésla bataille aux Romains.

Lutatius avoit fort bien pénétré le deílèin de son ennemi, il ne sttlloit pas trop enfon-cer pour le connoître & gagner les devans. Il voioit d’ailleurs la conséquence qu’ií yavoit de s’opposer à Injonction des deux flottes, & de profiter de l’occaíîon qui s’oí-sroit d’attaquer les Carthaginois qui cingloient au secours de Barcas. C’étoit un coupde partie pour les Romains ; car dans de pareilles conjonctures, & lorsqu’il s’agit d’unsecours de troupes & de munitions fur lequel agit toute l’espérance d’une armée qui man-que de tout, il faut risquer toutes choses, & combattre une partie pour donner de laterreur à sature: car la défaite de Hannon fàiíòit tomber Barcas fans coup férir. Celui-ci ne comptoir-que fur cette jonction des deux flottes, assuré qu’avec ce íèco'urs il se-roit en état d’attaquer les Romains & de les battre, & je ne íài si ceux-ci euílènt o*sé se présenter de droit front contre un Capitaine de cettre réputation.

Je cherche pourquoi Amiicar n’alla pas au-devant du secours qui lui venoit avec cequ’il avoit de vaisseaux. Polybe ne nous dit pas s’il pouvoit sûrement se mettre cnmer, & tenter cette avanture: cela étoit peut-être délicat. II l’étoit encore à Hannonde s’approcher un peu trop d’Eguíè, & à la vue des Romains. II eût pû se dispenser'de les reconnoitre, & par là il sauvoit son convoi, se ; , troupes & sa réputation.

Les Carthaginois avoient le vent. Ils euílènt pû, puisqu’ils avoient tant fait que dereconnonre Eguse, & .vû les ennemis prêts à lever Pancre pour leur aller au-devant : ilseuílènt pû, dis-je, virer de bord, faire force de voiles & gagner le large, ou les jouerpar de fàuíîès routes, favorisés par un gros frais, contre des gens peu expérimentés