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Tome premier.
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LIVRE I. CHAR XIV. nsf.

périencc du soldat; il faut de tout cela pour le rendre capable de semblables manœu-vres. Quelle conduite, quel sang froid dans faction, & quelle capacité ne fatit-il'pas dans un Général qui fait combattre de la forte !

• Quoique nous nous fussions rangés fur cinq ou six lignes en deçà de la trouée deMalplaquet, & que nous en eussions formé tout autant à notre gauche, vis-à-vis &le long du bois, il n’y a qui que ce soit de ceux qui s’y font trouvés comme moi,qui ose me soutenir qu’elles ont toutes combattu. II y eut beaucoup de spectateursd’une très-grande volonté, & peu de ceux qui la satisfirent. La Maison du Roi sefit presque toute assommer, & chargea toujours fans cesse & fans relâche, fans qu’onpensât à faire succéder de nouvelles lignes à cette première, qui soutint tout ressort& toutes les charges des corps ennemis : après que l’infanterie, qui bordoit le re-tranchement de la trouée d’entre les deux bois, eut quitté partie fans trop grand sujet,ou pour mieux dire fans aucun. Ailleurs l’infanterie, si l’on en excepte deux ou troiscorps de la gauche, donna toutes les marques du courage le plus intrépide, fans qu’ons’apperçût qu’on fit combattre les corps tour à tour. On oublia aussi les dragons, carles dragons ne doivent pas être, & ne font pas des cavaliers, mais proprement de l’in-fanterie à cheval, pour courir au plus pressé, & s’y transporter plus promptement.C’est mal, ce me semble, de nous les donner en titre de cavalerie.

Les ennemis formèrent plus de douze lignes redoublées dans la trouée, après nousavoir chàsië du bois, où nous avions notre gauche, par la supériorité de leur nom-bre , & la faute de quelques régimens qui lâchèrent le pied. Celui qui prétendra queces lignes-fe font succédées les unes aux autres, ne s’est pas trouve à cette bataille,ou s’y est trouvé fans la voir.

On pourroit démontrer, par un bon nombre d’éxemples tirés de la guerre de 1701.où l’on vit des armées formidables de part & d’autre, que dans presque toutes les ac-tions qui se font passées, ce n’est pas le grand nombre qui a remporté la victoire. A-t-on remarqué que le combat ait couru d’une aile à i’autre, & fur tout le front d’uneligne? Combien de corps de cavalerie & d’infanterie font restés les bras croisés à 1 ïoeh-stctc, à Ramifies, à Oudenarde, & presque par tout comme à Malplaquet? La cava-lerie, dont ors est aujourd’hui li fort entêté, & dont on reviendra quand nous revien-drons à notre bon sens, a-t-elle cté d’un plus grand service en Flandre & en Allemagne ?La F rance a-t-elle jamais mis fur pied de plus grandes armées que celles qui otit paru fousle régne de Louis le Grand, & particulièrement dans la dernière guerre, qui a ferméson régne? Les Alliés contre la France ont-ils fait de moindres efforts ? Ils en ont mê-me fait de plus grands. Les victoires ou les défaites ont-elles dépendu du grand nombre?Remontons deux, trois, quatre siécles plus haut, poussons st l’on veut jufqu’aux plus-reculés, on verra la même chose, ou peu s’en faut. Je ne citerai qu’un exemple. Dans-la dernière bataille qui décida de l’Einpire des Perses entre Alexandre & Darius, celui-ci avoit une armée si nombreuse & d’une disproportion si grande à celle du premier, quecela semble inconcevable. On ne peut s’empêcher d’en être surpris dès le premier coupd’œil. Les gens qui s’imaginent que le nombre fait tout, tombent dans l’admiration: il'ne fit pourtant rien. L’a-t-on bien remarqué? Dans cette grande bataille,comme danscelle qui la précéda, qui donna le branle & la première secousse a u renversement dc cevaste Empire, le terrain ne permettoit pas que les Perses détendissent beaucoup au-delàdu champ de bataille de l’armée Macédonienne, & l’on remarqua, comme cela íè remar-que presque toujours, qu’une partie donnoit tandis que i’autre restoit spectatrice detoute une journée, & sans rien faire; car de ce million d’hommes à peine y en eut-ilcent mille qui chargeassent : au dieu que tout se remuë & tout agit dans les petites ar-mées bien conduites & bien ordonnées : c’est-à-dire lorsque dans la crainte d’ctre tourné