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Tome premier.
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LIVRE I. C H A P. XIV. 22Y

fioms des villages, des hameaux & des maisons; on remarque les chemins, î es ruisseaux,les bois, les marais, les hauteurs; enfin on ne laisse rien échaper, & l’on médite furtout ce qui peut être favorable ou désavantageux à l’ennemi, s’il marchoit h nous,ousi l’on avoit quelque dessein d’aller à lui, ou si l’on n’auroit pas mieux fait de fe posterailleurs que dans l’endroit que l’on a choisi; ce qui n’est pas difficile h remarquer: caril y a quelquefois certains camps, où l’on va plutôt par coutume que par raison, parcequ’un grand Capitaine les aura occupés, fans savoir que ce qui êtoit bon de son temsne vaudra rien dans un autre.

La Flandres est aujourd’hui toute changée, le pais est si couvert qu’ií ne diffère enrien de la Lombardie & du Mantouan, & je fuis persuadé qu’à la première guerre lacavalerie fera d’un beaucoup moindre usage que l'infanterie : cela n’empêcherapasd’enlever beaucoup, & d’en inonder ie pais fans aucune nécessité. On ne trouve pas tou-jours des Turennes qui fe contentent de peu.

Les fourrages forment beaucoup le coup d’œil & l'affinent extrêmement : on nedoit pas en manquer un seul; comme on va plus avant du côté de l’ennemî, lors-qu’on fourrage devant foi, on volt tout le pais qui est entre nous & lui. Si l’ar-mée décampe, & fe met en pleine marche, on doit alors examiner l’ordre des co-lonnes, le pais qu’elies traversent, & l’efpace à peu près qu’il y a de î’une à Fau-tre. On fe demande alors, si l’ennemi par une marche fecrette & accélérée venoittout d’un coup tomber fur la tête de notre marche, quel parti prendroit notre Gé-néral, ou quelle résolution prendrois-je moi-même li j’étois h íà place? Voilà unecolonne de cavalerie engagée dans un pals brouillé & parsemé de défilés, où elle ne fau-roit agir. Si l’ennemi lui oppofoit de Finfanterie, que ferois-je? Comment m’y pren-drois-je pour la retirer d’un tel coupe-gorge, & d’un pas si dangereux,pour la trans-porter d’un lieu en un autre, où elle pût être de quelque usage?

De Fautre côté je m’apperçois qu’une colonne d’infanteríe marche tranquillement àtravers la plaine, où elle aura peut-être en tête une partie de la cavalerie ennemie ; cen’est peut-être pas la faute du Général que les choses arrivent de la forte, parce que lepals changea tout moment. Peut-rêtre feroit-on mieux dans les marches de partager lesdeux armes dans les colonnes, c’est-à-dire qu’on devroit mêler Finfanterie avec la cava-lerie ; en forte que l’une ne marchât jamais Fans l’appui de Fautre, pour être préparé àtout événement : cela me semble dans les régies. Sans cette précaution tout est perdu. Sil’ennemi profite d’une marche pour engager une affaire, on est d’aùtant plus surpris queces fortes d’entreprifes font très-rares & .toujours sûres. U faut fe ranger, fe mettre enbataille dans ces cas inopinés; la situation des lieux doit me régler, dira cet Officierappliqué & méditatif, cette situation est maîtresse de l’ordre pour placer chaque armeau terrain qui lui convient. Comment s’y prendre, puisque la cavalerie fe trouve em-barquée dans un terrain qui n’est. propre qu’à Finfanterie ? Comment faire ? C’est ceque nous ne dirons pas ici : mais dans le cours de cet ouvrage, où 1 ’on verra par quelsmoiens & par quelle méthode un Général d’armée pourra fe tirer d’intrigue en pareilleoccasion. Voilà un grand sujet-de fe former le coup d’œil ; mais comme je veux cou-ler cette matière à fond, nous ne prétendons pas en demeurer-là : car on n’est pas tou-jours à la guerre, & on ne la fait pas toujours : s’il falloit Fattendre pour fe formerdans Fart de voir en guerrier, à peine trois ou quatre campagnes fuffiroient-elles.

J’ai dit que la chasse étoit un bon moien pour fe former le coup d’œil ; mais tout leinonde n’est pas agité de cette passion, quelque noble & honnête qu’elle soit. Lesvoia-ges peuvent nous être à peu près de la même utilité. Je n’en ai pas fait un que je n’aiemis à profit, soit par coutume , soit par inclination au métier. On soupçonnera peut-ctre que c’étoit aussi pour trouver la somme. Mais non, jamais je ne Fai cherchée.

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