L I V R E I. CHAP. XIV. -zr
de la terre, maïs il se fût trop éloigné de la mer & du port, qu’il lui importoit decouvrir. Pour íè l’afíùrer, il falloir qu’il établit son camp de telle forte qu’il fîtfront aux Romains, & qu’il conservât ses derrières dans un pais tout ennemi, où iln'avoir aucune place, & dont la feule qui restoit aux Carthaginois en Sicile, étoicinvestie & assiégée par une puiíïànte armée.
§. vr.
Quels ètoïent les desseins de Barccts dans cette guerre cTEryce. Que tes pais de monta-gnes & de défilés, où P on ne peut donner que par une tête, font les plus favorablcêpour tirer la guerre en longueur.
Ï A négligence du Consul Romain fît la gloire du Général Carthaginois; cas_J s’étant rendu maître d’Eryce par insulte ou par surprise, il remarqua que lepais aux environs étoit très-commode pour le deíìèin qui lui vint en tête de secou-rir Lilybée, ou que s’il tentoit inutilement de le mettre à fin, il tireroit du moins laguerre en longueur & retarderait la prise de la place. Pour réussir dans une entrepri-se de cette importance, il jugea qu’il falloit s’approcher à une très-petite distance ducamp des Romains avantageusement postés, quoiqu’il s’apperçût qu’il ne seroit pas íîà son aise dans celui qu’il vouloir occuper.. 1-1 suppléa à ce défaut par de bons retran-chemens dont il se couvrit, & ne craignant rien pour ses derrières, il mit toute sonattention a ce qu’il pouvoir craindre sans cesse de la hardiesse & de l’audace du Con-sul, qui s’augmentoit par le voisinage de l’armce campée devant Lilybce. 11 se dé-termina donc à cette grande entreprisese souciant peu de risquer son armée datlS UOtems & dans une situation, où peu s’en falloit que Carthage n’eût plus rien à perdreen Sicile; au lieu qu’il y avoir beaucoup à espérer du tems & de l’occasion: outreque les avantages que Carthalon venoit de remporter parla défaite des deux flottes Ro-maines, Panimoient à un deíìèin si hardi, dont le succès n’étoitpas fans fondement.II suffit de tenter d’abord quelque action d’éclat, elle nous méne quelquefois à réexé-cution de plusieurs autres qui naissent de,la première; fans compter qu’on reconnoîtalors l’esprit & le caractère du Généras que l’on a en tête, & que l’on agit selon cet-te connoiiïàncc, ce qui n’est pas un petit avantage. Car il est des Généraux d’arméescomme des Auteurs. On juge du génie, des mœurs, des inclinations, du savoir,ou de l’ignorance de ceux-ci par leurs écrits, & d’un Général par ses actions. Unecampagne suffit à un Antagoniste habile & clairvoiant, pour discerner le bon du mau-vais. On juge s’il est brave & hardi par ce qu’on volt qu’il peut faire , & qu’il faiteffectivement ; s’il est lâche, par ce qu’il craint d’entreprendre ; s’il est habile & cou- 'rageux, par les defleins qu’il exécute, par íà résistance à ceux que l’on tente fur lui,par son attention h se prévaloir des fautes de son ennemi, par fa vigilance à prendreles devans pour s’empêcher d’être surpris ; s’il est négligent & paresièux,par les avan-tages qu’il laisse prendre fur lui, ou qu’il manque lui-même de gagner faute d’éxacti-tude & de diligence ; s’il a le coup d’œil, par la situation des postes qu’il cherche &qu’il occupe; s’il est hardi & audacieux, par la difficulté des entreprises dont il secharge, & dont il vient à bout; s’il est téméraire, par son opiniâtreté à vouloit for-cer lés obstacles les plus insurmontables.
On peut reconnoître par l’idée que l’Auteur nons fournit de la guerre d’Eryce, &par ce qu’il nous apprend, environ quatre ans après , de celle des rebelles d’Afrique,qu’Anrilcar fut un des plus grands Capitaines de 1 antiquité; car s’il a suivi la mêmeméthode dans celle-ci que dans l'autre, se peut-ii rien voir, ni rien imaginer de plus