830 HISTOIRE DE POLYBE,
lent attend bien moins les occasions qu’il ne les fait naître clans un pais difficile < 3 :scabreux, qui prête à la sure & à l’artifice, & qui nous fournit mille moiens dechanger une défensive craintive en apparence, pour endormir l’ennemi, qui fe négli-ge par une vaine confiance, en une offensive audacieuse & ouverte, & de revenirensuite à l’autre, fi le succès n’a pas répondu à nos espérances.
Un Général qui a en tctc un ennemi qui l’arrête dans ces desièins, doit en tenter denouveaux, & même de ceux qui paraissent insurmontables ; parce qu’en agiflànt, ondécouvre des expédions qui demeureroient toujours inconnus, si l’on restoit fans riententer & lans rien faire. Barcas fe conduisit selon ce principe pendant toute cette guer-re d’Eryce, cela est aslëz ordinaire dans un païs de postes & de chicanes, entre deuxGénéraux habiles & éclairés.
Nous prions le lecteur de faire attention h ce pafïàge de notre Auteur, qui noussemble remarquable, & où il fait la description du païs où les deux armées campè-rent. On ne peut approcher de cette montagne , dit-il, que par trois endroits , dont deuxfont du côté de la mer , & tous les trois fort difficiles : il falluit qii Anûlcar fût aussiintrépide qu’il V étoit pour venir fe camper dans ce dernier. Celui-ci étoit donc le plusdifficile & le plus désavantageux; mais Polybe penfe-t-il bien à ce qu'il dit? N’étoit-ce pas celui qu’il fajloit qu’il prît néceíìàirement? Pouvoit-il, lans une très-grandeimprudence, & fans folie, fe camper du côté de la terre, puisqu’il ne pouvoit tirerses vivres que de celui de la mer? II falloit fe conserver Eryce & son port (2), ceparti étoit donc le plus sage & le plus prudent.
Notre Auteur ne nous explique pas la situation des deux camps ennemis, & les pos-tes qu’on occupoit de part & d’autre. II ne faut pas douter un seul instant que lesCarthaginois ne campassent entre la montagne & la mer, où ils assirent leur camp (3),& où ils fe fortifièrent contre les Romains (4), & par cette position ils couvroientEryce; mais ce n’est pas là où je veux aller : d’où vic-nt qu’il regarde cette résolutionde Barcas, comme celle d’un homme qui passe les bornes d’une intrépidité réglée,d’un homme qui bazarde tout & met tout en risque ? II dit deux ou trois pages après,que les forces des deux partis etoient égales. Or un Général qui entre dans une guer-re contre un ennemi qui lui oppose des forces égales aux siennes, n’est pas plus in-trépide que l’autre qui lui résiste. II marche à lui & fe campe tout auprès : cela mar-que seulement un homme de courage. Le Consul Romain en avoit - il moins, s’ill’attend dans son poste, & n’en branle pas? Je vois bien ce que l’Auteur entend fansnous le dire, quoique deux lignes eusiènt suffi pour cela. II tire l’intrépidité d’Arnil-car du désavantage de son poste, & de ce qu’il a osé porter la guerre dans un païstrès-avantageux aux Romains, & engagé une infinité de combats contre une arméeégale à la sienne, mais plus forte par la situation des lieux, & au voisinage d’uneautre, d’où le Consul pouvoit tirer une infinité de secours ; au lieu que Barcas n’enrecevoit qu’avec peine de la mer, & que le salut 011 la perte de son armée dépendoitdes forces navales des Carthaginois: car dès qu’ils eurent été battus fur mer, ii fe vitbloqué par la flotte Romaine, réduit dans la nécessité de toutes choses, & contraintde faire la paix. Voilà le sujet du terme d’intrépide qu’on peut accorder au GénéralCarthaginois, avec beaucoup de raison & de justice.
L’avantage du poste d’une armée fur l’autre, quoique toutes les deux soient égalesen nombre de troupes fait donc une très-grande disproportion. II est aussi hors dedoute qu’un Général, très-sopérieur à son ennemi, mais mal-habile, est plus foibleque l’autre qui lui opposera, je ne dis pas un plus grand courage, car je le supposeqgal, mais l’expérience & l’habileté.
Peut-être que jBarcas eût pû choisir un poste plus avantageux cn se campant du côté