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Tome premier.
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2Z4 HISTOIRE DE POLYBÊ,

. §. VII.

Que rien nemarque davantage Vinsuffisance & le peu de hardiesse esun Général d'ar-mées, que de ne pas profiter des avantages & des. chicanes qui s'offrent fans ceffèdans les pais de montagnes difficiles b scabreuses.

U N habile Chef d’armée, qui saie la guerre dans un pais de montagnes, commedans les Alpes, les Pirenées,& dans un pais,comme par exempte la Provence& leVivarais, peut s’établir par tout où il.met le pied, en assurant íes derrières, &en fe rendant maître des défilés, des paílàges des montagnes, & des hauteurs qui do-minent fur Pennerni; on pour s’erapêcher d’en être dominé, en pondant des postesvers lui à mesure qu’on avance : tout cela produit une infinité d aérions capables de décon-certer l’aíMlant; ou celui qui tâche de lui résister, & de lempêcher de pénétrer dans unpais en forçant ces paílàges. Ces fortes de guerres font difficiles & içavantes. On nes’en tire pas avec honneur, si Ton n’a une connoiíìànce parfaite des lieux, & de tousles détours & les revers des montagnes. Mais pour les connoître,& en lavoir tout lefin, on n'e doit pas s’en fier à une carte, ou aux yeux d’autrui,c’est à la vérité quel-que chose ; mais de régler l’état de la guerre fur ce que nous apprenons des gens du païs,ou fur une carte, fans le reconnoître nous-mêmes, c’est ne rien faire. D’ailleurs a-t-on vu des cartes éxactes, où les montagnes, les vallées & les paílàges soient marqués ?Je n’en ai jamais vu de telles entre les mains, des Généraux. J’ai éxaminé celles du Roi,qui ne font pas meilleures; on doit s’en prendre à la pareslè & à la négligence, pourne pas dire pis, de ceux qui les lèvent. D’ailleurs la plupart n’étant pas gens de guer-re, ils ne voient pas Fimportance de léver les montagnes en plan,ou comme on dit àvue d’oifeau, & d’accompagner de mémoires instructifs tout ce qu’on remarque dansles différentes situations du païs; ce qui vaut plus que toutes les cartes du monde.

Ceux qui font chargés de lever un païs, fe contentent de marquer la position deslieux,fans s’embarraíîèr du reste : ils négligent Feíìènriel ,& nous donnent la bagatelle..La nouvelle carte des Pirenées, dont la Cour a retiré toutes les épreuves ; & dont onfait un mystère, n’est rien moins que cela, & ne vaut ni plus ni moins que celles deM. de l’Isle, puisque les vallées & les pas des montagnes n’y font pas marqués. Ony destine des montagnes imaginaires, pour faire voir qu’il y en a; & si l’on prend lapeine d’éxaminer Féchelle, on trouvera une plaine d’une lieuë, & même de deux,en-tre deux montagnes, lorfqu’on ne remarque aucune plaine fur les lieux. Je ne vois riende plus pitoiable que ces cartes, & que ceux qui fe mêlent de les lever fur de tels prin-cipes. Pour couper court à ia digression, qui n’est pas peu importante, & revenir ànotre sujet,je dis qu’un Général qui veut régler l’état de la guerre,ou son projet decampagne sur le système d’Amiîcar, doit fe porter fur la frontière de la. Province me-nacée. Supposons la Provence. La campagne de 1707. & la conduite que nous avonstenue pour fa défense, comme celle de Farinée des Alliés contre la France,*font deschoses fur lesquelles peu de gens ont réfléchi: le récit de cette campagne, & les fau-tes des deux partis, nous serviront de texte pour traiter cette matière, que nous ac-compagnerons d’obfervatìons & de remarques qui renfermeront le principe & la mé-thode, fans qu’il y paroiíîè.

Nous étions très-bien informés que le dessein des Alliés contre la France étoitd’en-trer en Provence, &d’en faire la conquête. L'événement démentit les nouvelles ; maisdans le fond ce deíïcin ne fut jamais chimérique. Le Marquis de Goesbriand le ren-dit tel par là valeur & par fà conduite, & íes ennemis par leurs fautes. Quelles furent