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Tome premier.
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LIVRE î. CHAP. XlV.- 2Z5

donc les mesures que l’on prit pour rendre cette grande entreprise des Alliés inutile &fans effet ? Presque aucune de celles qu’on auroit dû prendre : qu’il nous foi t permisde lâcher ce mot, pour exciter ceux qui liront ces obièrvations à chercher ces mesures,& à les apprendre à nos neveux; fans cela ceux qui viendront après eux, doivent s at-tendre à voir, sinon un événement tout semblable, du moins un même deílèin d’en-treprendre la conquête de cette Province. Si cela n’arrive dans vingt, dans cinquanteans, il pourra arriver dans un siécle plutôt ou plus tard. 11 fìiut que cela arrive, nouspouvons hardiment hazarder cette prophétie fans passer pour faux Prophète. La raisonde cela n'eft pas difficile à trouver , dit f Abbé de St. Réal, défi qu'il ejì impossible quedes machines qui ont des ressorts semblables ne se remuent de même façon. C’est en-core la pensée de Machiavel dans ses Discours politiques. Quelle instruction ceux,qui dans ce tems-là gouverneront FEtat, ne trouveront-ils pas ici? Ils apprendrontce qu’il faudra faire par ce qu’on ne fit pas ; & si nos ennemis font alors ce qu’ilsauroient dû faire un siécle auparavant, ils nous fourniront les moiens & la conduitequ’il faut observer pour rendre leurs efforts inutiles, & les tourner à leur honte.

j’ai dit plus haut que l’on ne prit aucunes mesures pour la 1 défense de cette Pro-vince menacée ; les Généraux qui y dévoient commander en prirent encore moins,quoiqu’ils fe trouvasiènt fur les lieux. Leur négligence fur ce point est à peine conce-vable , & c’est une espece de miracle que nos ennemis aient agi si fort de travers danscette entreprise. Jc- prens ce sujet, comme je l’ai déja dit, pour traiter de la guerremêlée d’QiTeníive & de défensive.

Nous n’avons aucune frontière qui couvre la Provence du côté du Comté de Nice,II n’y a que la rivière du Var, qui n’est pas quelque chose de fort redoutable; on yenvola un grand corps de troupes commandé par Sailli, Lieutenant Général, pouren défendre le passage. A peine les ennemis parurent-ils fur les bords de cette rivière,que ce Général ne la crut pas une assez forte barrière pour y planter le piquet contre unegrande armée, qui pouvoit la traverser h gué, & sur un grand front. Avouonsdefranchement, il faut qu’on eût pris cette rivière pour tout autre qu’elle n’étoit, &qu’on eût encore ignoré que la mer vers son embouchure avoir assez de fond, pourque la flotte des Alliés pût prendre des revers fur les troupes qu’on avoit envolées pourdéfendre la rivière, quand même elle n’eut pas été guéable par tout. A cette faute lesGénéraux en ajoutèrent encore une autre. Ce fut de ne fe pas donner la peine de lareconnoìtre eux-mêmes. Sailli fut donc obligé de fe retirer au plus vite. II ne man-qua pas de faire grand bruit de cette nouvelle; & après la retraite des dix mille deXenophon, il n’en connoifloit point de plus mémorable, quoiqu’il ne fût suivi depersonne. II eut grand soin d’écrire à la Cour tout le détail de ses manœuvres; maisles lettres du Maréchal de Tessé, & des Officiers particuliers, lui rabattirent beaucoupfa vanité, & l’on fe moqua à la Cour de cette retraite imaginaire, comme on avoitdéja fait à l’armée. Cependant une lettre que cet Officier Général écrivoit au Mar-quis de Goesbriand, qui couroit en hâte à Toulon avec un grand corps de troupes, &qu’il reçut dans fa marche, eût fait rebrousser tout autre que lui, s’il y eût ajoutéfoi ; car il lui mandoit qu’il n’arriveroit pas à tems pour défendre la ligne qu’on avoittiré de la ville à la montagne, & qu’il avoit Ic-s ennemis fur les bras. Le Marquis dcGoesbriand ne tint aucun compte de cette missive, il l’envoia au Maréchal de Tessé,& lui mandoit en stile laconique; Je comtois l’homme,& je marche droit à Toulon,assûré que l’ennemi n’y arrivera pas si-tôt : comptez là-deíîus. II pensa juste, & sicfort bien d’aller toujours son train r M. de Sailli arriva fans être suivi, l’ennemi étantencore à plus de trois marches de lui ; de sorte qu’on eut le tems de perfectionner laligne, & de l’attendre de pied ferme, & de bonne grâce.