2^3 ITÏST. DE POLYBE, LIVRE I. CHAP. XIV.
Cabinet;enfin une obéiíìànce trop scrupuleuse qui sait perdre un bon moment, est unrespect fort mal entendu. Je voudrois me souvenir de 1’Auteur qui a dit tout cela, jelui en ferois volontiers honneur; ce pourroit être Montagne. Revenons à notre sujet.
La fin de cette campagne fut plus heureuse aux ennemis ; car bien qu’ils cuisent ledouble de chemin à faire, & même au-delà pour entrer dans les vallées,où nous avionspeu de troupes, & entreprendre fur quelqu’une de nos places, ils ne laiílërent pas que.d’y arriver quelques jours avant le Maréchal deïeíTé, à qui il importoit si fort deles prévenir. Suze leur tenoit plus au cœur qu’aucune autre comme étant un postede grande importance, lâchant d’aiileurs que l’homme qui étoit dedans étoit d’uneconstitution plus propre à amaslèr de l’argent que de s’acquérir de la gloire par une•défense honorable, ce qui augmentoit leur envie d’en faire le siège; mais pour réussiril salloit donner le change par quelque faux mouvement à POfficier Général qu’on•avoit laissé dans ces vallées pour y commander, ce qui ne leur parut pas.possible. Ilsmarchèrent dans cette intention. Ils eurent d’abord le bonheur de'.prévenir farinée•qui leur avoit fait tête en Provence, & fait lever le siège de Toulon ; je dis bon-heur, parce que ce fut bien moins par l’esset de plusieurs marches forcées que parnotre négligence & notre lenteur, qui parut d’autant moins concevable, que nóuspouvions arriver avant eux lans nous trop presser. Si l’on m’en demandoit la raison,on m’embarraíîèroit fort. Je n’ai jamais pû la savoir , & je fuis là-dessiis dans uneignorance très-craíîè. -Qui fouilleroit dans les papiers du Maréchal 1a trouveroit peut-être, & comprendroit aisément qu’il eût marché plus vîte s’il eût été le maître. Enattendant cette découverte historique, qu’il me soit permis de dire que les lents &les engourdis à la guerre auront aussi peu de part à la gloire de ce monde, que lestièdes à ceile du Ciel.
Cette marche pesante du Maréchal ne fut pourtant pas la cause du siège & de laperte de Suze, on doit l’attrîbuer toute entière à celui qui commandoit clans les val-lées. Je parle ici en homme qui a vù, & non fur ce que je puis avoir appris des au-tres ; il avoit assez de troupes pour réduire l’ennemi à l’abfurde : mais aiant dégarnile poste important du Pas de l’Ane, qui couvroit Suze, pour courir au secours dela Péroufe,qui étoit un rien, &de nulle conséquence, sans prendre garde que c’étoitun piège que l’ennemi lui tendoit, où malheureusement il se laisíà prendre; & pen-dant qu’on l’amusoit en cet endroit-là, M. le Prince Eugène, lui déroba une marcheavec un grand corps de farinée de M. de Savoie. 11 fit une si grande diligence,qu’il arriva devant Suze lorsqu’on s’y attendoit le moins.
II salloit attaquer le Pas de f Ane & le prendre ; ce qui ne fût pas difficile : celuiqui y commandoit, homme de courage, mais vieux, décrépit, tombant en ruined’efprit & de corps , sc trouva hors d’état d’agir, ce qui fut un malheur. A sondéfaut un autre se chargea de cette besogne, homme célébré par la lâcheté à la dé-fense de k citadelle de Modéne, qui capitula par le conseil d’un Commisiàire deguerre qui membloit de peur, & à l’iníçû de sa garnison: ce fut donc cet hommequi défendit ce poste avec le même courage & la même conduite qu’il avoit fait pa-ároîjtre à Modéne, c’est-à-dire avec toute l’ignorance & 1a honte possible.
Fin du premier Tome .