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Tome quatrieme.
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LIVRE III. C II A R 'VIII. 4i

,, cru,dit-il,qu’un homme avec deux vaisseaux de charge fût venu à bout d’unPrin-ce qui avoit quatre cens navires de guerre, cent mille hommes de pied, dix millechevaux, une aussi groflè provision d’armes, de bled & de richesses qu’il en falioitpour entretenir largement, & pour foudoier des troupes si nombreuses, qui outre,, cela habitoit la plus grande partie des villes de la Gréce,& avoit des ports,des ar-„ senaux & des citadelles imprenables, qui de plus étoit fortifié par un grand nom-„ bre d’Alliés très-puiflàns '? La cause des grands succès de Dion fut premièrement fa,, magnanimité & son courage, & l’afi'ection de ceux à qui il devoit procurer la liber-„ té. Mais la principale cause ce fut la lâcheté du Tyran, & la haine que les sujets,, avoient pour lui: car toutes ces choses concourant dans le mème tems, menèrentcontre toute apparence à une heureuse fin ces grandes actions, qu’on a de la„ peine à croire.

Appliquons à Annibal ce que dit-Diodore de Dion: on i’eût encore pû dire deTimoleon dans un cas presque semblable. Qu’un homme comme le Carthaginois aittraversé toute f Espagne, les Pyrénées, un grand ileuve, fur les bords duquel il trou-ve une armée pour le défendre : qu’il le jette en plein hiver dans les Alpes, alors im-pratiquables, qu’il les paílè avec des travaux infinis à la tête de plus de cinquante mil-le hommes d'infanterie, dix mille chevaux, & qu’il fe voie réduit, après les avoirtraversés, à huit mille hommes d’infanterie Espagnole , douze mille Africains & sixmille chevaux, & que cet homme réduit presque à rien ose entrer dans l’Italie,& at-taquer une Puiflànce aussi redoutable que Rome, on a de la peine h le conce-voir, & beaucoup moins ce que sit Dion contre Denys.

5- n-

'Dispositifs (TAnnïbcilpour le passage du Rhône. Ruse de ce Général. Disposition desGaulois dans la défense de cette rivière. Celle du Général des Carthaginois. Quel-ques exemples parallèles. Passage de Îllydaspe , du Rhin & de la Dune .

A Nnibal n’ignoroit par l’amitié & l’alliance qui étoit entre les Romains & ceuxde Marseille, dont le pais s’étendoit fort avant ie long du Rhône. II ne dou-ta point qu’ils ne se portaílènt fur le bord de ce fleuve pour en défendre le paíïage, quePublius qui étoit en mer avec une armée navale,ne vint à leur secours. II falioit pré-venir les Romains, & passer avant,cette jonction, qui eût infailliblement renversé toutIon projet & fes espérances. Car de remonter le fleuve plus haut & hors des terresdes Marscillois, il n’y avoit aucune apparence de réussir ; outre qu’il fe fût engagédans un pais très-difficile,couvert de défilés & de chicanes fans nombre, peu connu,& où le fleuve fe trouve très-resièvré & bordé de hautes montagnes, les rives des deuxcôtés escarpées, & par conséquent fort aisées à défendre, & des peuples avec lesquelsAnnibal n’avoit contracté aucune alliance, comme il avoit fait avec ceux du Lan-guedoc & du Roussillon.

II vit bien qu’il n’avoit d’autre endroit pour son paflage que celui qu’il prit entreAvignon & la rivière de Sorgues. L’entrcprile étoit difficile & dangereuse ; mais lorf-qu’on en voit la nécessité, & que l’on n’a rien de mieux à faire, on doit fermer lesyeux fur les obstacles quels qu’ils puissent être. Le teins pressóit extraordinairement.II n’avoit pas aílèz de bateaux pour embarquer un grand nombre de troupes, tel qu’ille faut pour soutenir un asscz long-tems contre l’ennemi après avoir débarqué, & donner letems aux bateaux de faire un second volage. 11 en sait fabriquer autant qu’il peut parles soldats de Ion armée. S’iln’eûteuque cette feule ressource,il échouoic infaillible-Tome IV. F