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Tome quatrieme.
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4-2 HISTOIRE DE POLYBE,

ment dans son entreprise. J’ai de la peine à me persuader que le nombre de ces bateauxfût aussi grand qu’il le paroît dans Polybe, cet ouvrage exigeoit trop de tems, & cesarbres qu’il fit creuser, comme les Indiens font leurs canots, me paroiíTent un peu chi-mériques pour bien des raisons. J’aime mieux croire, avec Tite-Live, qu’il joignitdes radeaux aux bateaux qu’il tira des gens du pais. Ce qui fortifie ma conjecture,c’est qu’on voit qu’Annon, qui passe secrètement à quatre lieues au-deífus du fleuvese servit de radeaux. Est-ce que cette pensée ne feroiepas venue à l’efprit d’Annibal?II lui falloit fort peu de tems pour les construire ; outre que ces sortes de machinesfont plus simples & plus propres à porter un corps considérable de troupes, avec cetavantage, qu’elles peuvent s’y ranger en bataille, &-débarquer en bon ordre: ce quin’arrive pas dans les bateaux, où les soldats se trouvent en confusion, & débar-quent de même..

Annibal, toujours juste dans ses desseins, & toujours inépuisable en ressources, ne secontenta pas des moiens qu’il eut en main pour réussir dans une entreprise si délicate,il voioit trop bien que cela ne fuffisoit pas contre les troupes qui bordoient le fleuve'de l’autre côté; il pensa à joindre la ruse à la force: car qui peut entreprendre deuxchoses à la fois,ne doit pas s’arrêter à une seule. Ce grand Capitaine détache Annonavec un grand corps de troupes, auquel il ordonne de longer le fleuve en remontant,& de s’arrêter à quatre lieues au-desius de son camp, où il jugea bien que l’en-nemi ne se feroit guéres précautionné.

Annon force une marche nocturne pour n’être pas découvert, & arrivé à l’endroitOù il s’étoit résolu de passer, il ne trouve personne pour lui disputer le passage. 11 pa-roît, par ce que dit l'Auteur, que ce grand détachement de- farinée Carhaginoise •s’arrêta entre Ròquemaure & le pont Saint-Efprir.

Annilbal averti par les signaux concertés, qu’Annon étoît dé f autre côté du fleuve,& fort près du camp des Gaulois (2), qui bordoient en bataille le bord du fleuve,rangés selon leur méthode ordinaire , se hâta de faire embarquer ses troupes & le tra-versa dans un très-grand Ordre, les bateaux (3) près-à-près les uns des autres pour dé-barquer en plus grand nombre,& non à la file. Les Gaulois furent efiraiés dc voir lafumée de l'embrasement & lés Carthaginois (4) de l’autre côté tout prêts à fondre furleurs derrières,& un nombre infini de bateaux & de-nacelles qui s’approchc-nt deux;que faire dans un état de surprise, & ì’ennemi sur lesbras? Rien: lorsque ceux quicommandent sont fort mal habiles, lans expérience, fans prévoiance, & si peu capa-bles d’une bonne résolution. On s’en apperçutpar leur conduite, car leurs troupesne firent qu’une foible & courte résistance comme par maniéré d’acquit, & puis s’enallèrent.

Je ne vois pas comment Annibal, qui n’avoit point de^tems à perdre, a pû faireConstruire en deux jours un si grand nombre de bateaux & de nacelles, outre ceux qu’ilavoit tirés des gens du pais. cela méfait un peu soupçonnner le narré de Polybe. J’ai-me mieux croire qu’il se servit de radeaux, comme en effet il en sic faire pour le pas-sage de ses éléphans (z). Polybe explique la maniéré dont on leur fit passer le fleuve,qui me paroit digne de la curiosité des Lecteurs.

On voit de tems en tems quelques exemples dans les Historiens anciens & modernesde Généraux qui ont,emploie les radeaux dans le passage des grandes rivières de viveforce: mais on voit un beaucoup plus grand nombre de passages où il y a beaucoupmoins d’art, plus de difficultés, & beaucoup moins de certitude du succès. Si ceuxqui les défendent n’ignoroient pas absolument leurs avantages, pour peu qu’ils fussenten forces, & qu’ils prissent- de précautions, on ne peut s’imaginer comment ceux qui