LIVRE III. C II A P. VIII. ' z-j.
Vendôme en 1704. je fis faire quatre de ces ponts fur le bordage de quatre grands bu-centaures,& quelques autres fur de moindres bateaux. M. le Chevalier de Laubepine,alors Capitaine de Galère, & qui vit encore, devoir commander cette petite flotte. Lesuccès de cette entreprise étoit infaillible, & la retraite de 1 armée Impériale entièrementcoupée, si le Grand Prieur ne fe fùc pas laisie entraîner aux conseils pernicieux d’unOfficier Général:de forte qu’on laislâ là le château, pourpasièr du côté de laStelata,que j’avois regardé comme la fauflè attaque. Elle devint la véritable, & elle réussit;mais en attaquant par cet endroit-là la retraite des ennemis étoit aslïirée, & ils s’enallèrent en effet. Ces ponts font encore meilleurs fur des radeaux. On les fait detoute la largeur de la machine, de forte qu’on débarque en bataille.
Charles XII. Roi de Suéde, un des plus grands Capitaines de notre teins, excelloitau-dessus de tout ce qu’on peut dire dans le passage des rivières. 11 ne les passa jamaisque fur des radeaux. Us croient construits avec un tel art, que les soldats s’y met-toient dessus en bataille fur dix de profondeur, & même avec du canon. Ces radeauxétoient composés de plusieurs lits de poutres en long & en travers, fort près-à-prèsfortement liées. Celui qu’ii fit faire cn 1718. pour pastèr le lac dc-Suind-Sund à Fri-dcrichalie, est de tous le plus parfait. Les poutres étoient équarries fur quatre ou cinqlits avec un bordage de poutres, deux pièces de vingt-quarre & cinq cens hommesdessiis. Son passage de la Dune en 1701. est tout ce qu’on peut imaginer de plusprofond & de plus instructif; & comme il est unique dans l'on espèce, je trouve àpropos de le copier tout entier (r/).
„ Le Roi de Suéde partit de Derpt à 1 a tête de quinze mille hommes d’infanterie„ & de cinq mille de cavalerie, & fe croiant astèz fort pour entrer en campagne, coiu-„ mer,ça à marcher vers Riga. 11 s’attendoit que les Saxons viendroient au-devant de„ lui, & passe roi e nt la Dune pour lui donner bataille; mais niant appris qu’ils fe re-,, tranchoient de l'autre côté, il résolut de pastèr lui-même cette rivière, pour lesatra-„ quer jusques dans leur camp. On ne pouvoit le faire qu’à la vue de quelques Isles,„ où les Saxons a voient place des batteries. Charles l'entreprit à la faveur de certains„ radeaux de nouvelle invention, fur lesquels il avoir fait mettre de l’artillerie, & de„ quelques barques remplies de paille mouillée où l’on mit 1c- feu, asin que la fumée„ dérobât la vûe de fes troupes à l’enncmi. 11 fit premièrement setter un pont depuis„ Riga jufqu’à une Isle située au milieu de la rivière, dont les Saxons n'étoient pas„ les maîtres, Six bataillons y paílèntpour s’embarquer dans dix grands bateaux, dont„ les bords étant fort élevés couvroient les troupes, & pouvoient s’abaisscr pour fer-„ vir de pont au débarquement, & fur chacun defquels il y avoir deux pièces de„ canon.
„ Le matin du 18. Juillet à la pointe du jour, les troupes s’avancérent vers le„ rivage opposé, favorisées de l’artillerie des remparts de Riga, & par le canon de la„ citadelle. Elles abordèrent en un endroit marécageux, & à mesure qu’ellcs débar-„ quoient, les bateaux alloientfe rangera droit & à gauche- pour les soutenir parle feu„ de leur canon. Le vent qui fouflloit alors avec ailez de véhémence, & qui étoir,, favorable aux Suédois, chaíïïi du côté des Saxons une fumée si épaisle des barques,, pleines de paille mouillée, que le Roi avoir eu la précaution de prendre avec lui,„ qu’ils en íurc-nt tout offusqués,& ne purent s’oppofer au débarquement auffi-tôt&„ aussi vigoureusement qu’il uuroit fallu. On commença ensuite à débarquer lestrou-„ pes, & à mesure que l’infanrerie arrivoit, elle fe rangeoit derrière fes piques, ceff-à-cJ’re, derrière les manches despiquìers , „ & fes chevaux de frise, & s’en saisoit un
(a) Lbnitrs lUJl. de Suéde fous le régne de Charles XII,
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