;6 HISTOIRE DE ÏOLYBE,
■ On joint plusieurs de ces châssis les uns aux autres par de tentes amarres E, & dcbouts de soliveaux F. pour les mieux retenir. Chaque châssis doit avoir une espècede mantelet G. haut de sept à huit pieds, qui se baisse ou s'abat en maniéré de pont-levis,retenu par deux cordages H. qu’on lâche lorsqu’on est arrivé sur la rive du fleu-ve. Ce pont ou mantelet, car il est à deux usages, est couvert de planches K, &doublé de matelats L. qui entrent dans l’eau, pour garantir les cailles des coups defusil. On attachera aux extrémités de ces ponts mobiles des griffes de fer M. qui seprennent à terre, & empêchent que la machine ne soit emportée par le cou-rant.
On pratiquera aux deux côtés du radeau N. le montant P. pour y attacher les ra-mes Q. On se servira de gens capables de bien conduire ces sortes de machines. Onbordera le derrière de chaque châssis d’une fascine d’osier R. d’un demi pied de dia-mètre.
Les soldats se rangeront sur chaque radeau comme sur terre, les rangs & les filesserrées autant qu’il fera possible ; mais comme il y a toujours un côté du radeau quipeut être vû de Pennemi, on le couvrira d’une blinde de cinq à six pieds de haut. Aulieu de caiílès poissées, on peut se servir de peaux de bouc enflées. Un chariot enpeut porter autant qu’il en faut pour six radeaux, & ces six radeaux peuvent débarquerd’un seul coup sept mille cinq cens hommes d’infanterie.
Les anciens peuples dc l’Asie, & ceux mêmes d’aujourd’hui, qui habitent fur lesbo r ds du Tigre íx de l’Euphrate., se fer voient de peaux de bouc ou de chèvre enfléespour palier les grandes rivières. Tite-Live prétend qu’une partie de l’insanteric d’An-nibal pafla îe Rhône à la nage fur des peaux enflées : je le croirais aíîez par ce que nousapprend César (r?) dans ses Commentaires en parlant de la guerre contre Afranius. IIdit que l’insanterie légère des Portugais & celle de l’Efpagne citérieure étoit accoutu-mée à traverser les fleuves à la nage fur des peaux de chèvre. Alexandre se servit dumême nioien ?.u paflàgede lTIydalpe & de l’Acéline. Quinte-Curce (F ), dans la guer-re de ce grand Capitaine contre les Scythes, lui fait dire,étant arrêté fur le Tanaïs,qu’il ferait pafler fa cavalerie & fa phalange fur des radeaux, & ceux qui étoient ar-més à la légère fur des peaux.
Xenopbon dans la retraite des dix mille, parle d’un soldat qui proposa de faire unpont composé de peaux de bouc liées h des perches pour traverser une grand rivière.Celui qui proposa à la Cour il y a peu de tems un pont soutenu fur des peaux enflées& cousues comme nos balons, n’avoit que faire de s’applaudir de cette invention. IIy a plus dc deux mille ans qu’elle nous est connue, & qui que ce soit qui a lù ne peutl'ignorer. On trouvera son secret dans une infinité d'Historiens, dans le Végéce. im-primé il y a plus de deux siécles , & dans le Commentaire de Scéwéchius fur cet Au-teur, qui en donne la figure comme l’autre. L’auteur de ce pont n’a rien produit deía tête. Ces fortes d’inventeurs qui se sont fête des inventions .d’autrui, se trouvent partout.
J’ai lu dans les Volages de Thévenotce que j’ai dit plus haut des peuples qui habi-tent le long du cours du Tigre & de l’Euphrate, & qui ne se servent pas d’autresbateaux pour traverser ces deux grands fleuves que de peaux enflées. Pour faire cessortes de bateaux, dit-il, on attache plusieurs outres ensemble qu’on joint des quatrecôtés par autant de longues perches liées étroitement ensemble., & l’on couvre le toutde plusieurs branches mises en travers & liées aux mêmes perches. On borde cette es-
pécg
C'i) Cas. Comm. th bol. Civ, l. I,
[h) O. Curi. I. VTI,