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Tome quatrieme.
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LIVRE III. C II A P. VIII. 55

faùc marcher en forces, si la chose est importante,car où il s’agit du tout il faut don-ner avec le tout, ou du moins avec un corps capable de repousser ce qui est passé, niaisdans ces fortes d’actions on doit attaquer brusquement fans délibérer & fans tirer un seulcoup .joindre l’ennemi à coups' d’armes blanches; alors les troupes qui arrivent pendantle combat animant celles qui iònt déja engagées, on combat avec plus d’ardeur, & l’ef-pérance redouble à mesure qu’il tn arrive de nouvelles. Si l’on avoit suivi cette ex-cellente méthode au passage de l’Adigé cn 1701. M. le Prince Eugène eût échouédans son entreprise, & tout ce qui avoit passé eût été culbuté dans la rivière.

§. IV.

Des radeaux pour le passage des grandes rivières . Explication de celui de VAuteur.

J ’Ai parlé de l’avantage des radeaux fur les bateaux pour le passage des grandes riviè-res : ceux-ci demandent beaucoup de foin, de tems & de dépense. On ne fçauroitguéres les construire fur les lieux : si on les fait faire dans les places voisines, il fautles transporter à farinée. II y a quelquefois des rivières navigables qui se jettent dansle fleuve que l’on veut passer; mais ces commodités 11e font pas fort ordinaires. 8'iln’y a point de rivière, on en fera faire de petits qui contiendront fort peu de monde,& les grands si nécessaires ne fe transportent pas aisément. O'ailleurs les gros bateauxfont sujets à mille accidens fâcheux que je n’explique point ; niais le plus grand de tousest qu’ils peuvent être coulés bas d'un seul coup de canon, & les coups font damantplus certains, que ces bateaux donnent beaucoup de prisé, & que la perte d’ungrand fait périr tous ceux qui l’on t dedans.

L'est toute autre chose dans les radeaux. Ils font très-simples, très-aifés à construi-re , & l’on en fait un très-grand nombre en fort peu de tems. On ne fçauroit les cou-ler bas, ils ne donnent aucune prisé, étant à fleur d’eau. On m’objectera peut-êtrequ’on ne trouve pas toujours Je bois propre pour la fabrique de ces fortes de machines.Je répons qu’il s'en trouve toujours, où il y a des poutres de sapin, ou des soliveauxqu’on tire de la démolition des maisons & des tonneaux pour les soutenir, car on enfait de plusieurs fortes; mais je doute qu’on trouve fort communément tous les bois& les choses nécessaires,& des ouvriers même pour la construction des bateaux. Maisde quoi s’agit-il ici? Est-ce des bateaux ou des radeaux ordinaires? Nullement: jepropose ici des radeaux que j'appelle portatifs, & purement de mon invention, horsces massés que je rire des Anciens, & qu’on peut transporter aisément fans grand atti-rail: les matériaux fe trouvent par tout,dans le camp comme dans les villes, & par lemoien de-fquels on peut embarquer autant de monde que l’on veut, fans qu’il soit be-soin de les construire fur la rivière comme les gros radeaux composés de plusieurs lits depoutres les unc-s fur les autres, en long & en travers comme ceux du Roi de Suéde,qu’on appelle Drames , ainsi que certains bateaux plats. Comme ils font très-légers,& qu’on les forme par châssis, les soldats les font dans le camp, & les transporteuraisément sur la rivière. On amarre ces châssis à côté les uns des autres, & cetouvrage est fait cn un instant. Passons à l’expîication.

Ce radeau est composé de plusieurs châssis A. de quinze à seize pieds de longueurfur dix ou douze de largeur. Ces châssis font composés de soliveaux équarris B. debois de sapin, fous lesquels on met plusieurs rangs de caisses poissées C. près-à-près lesunes dés autres, & qu’on lie ferrément aux mêmes châssis. Ces caisses doivent avoirquatre h cinq pieds de long fur deux de largeur. On couvrira le châssis A. deplanches de lapin D. fort légères qu’on clouera dessus.