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jpéce de radeau de petits fagots d’osier d’un demi pied de diamètre. II faut arroser cesoutres par dessus tous les demi quarts d’heure, de peur qu’elles ne fe désenflent. IIfaut tous les soirs refouffler ces outres, qui ne laissent pas, dit l’Auteur, de porterquinze ou vingt quintaux de marchandises, & autant d’hommes.
Si on connoissoit l'usage qu’on pourroit faire de ces peaux enflées, il n’y a point derivières, quelque larges & rapides qu’elles puissent être, qu’on ne traversât facilement& sans risque. II est certain que dix mille outres dans une armée suffisent pour le pas-sage de quinze mille hommes, & au-delà.
Bien que je ne fois pas dans la résolution de donner toutes les découvertes que j’aifaites dans ce qui regarde la guerre, je fuis pourtant résolu,puisque l’occasion s’en pré-sente , de donner un moien sûr & facile pour passer la cavalerie, fans qu’il soit besoinde radeau ou de bateau. J’en ai fait l’expérience une infinité de fois tout seul & la nuitpour un dessein que j’avois fur la fin de la guerre de 1701. La paix le rompit, car laCour y avoit consenti. On va juger si j’aurois eu besoin de pont ou de bateaux pourpasser plusieurs canaux & grandes rivières. Voici mon secret.
J’avois demandé cinq cens dragons choisis & bien montés, & mille peaux de chèvreou de bouc, dont on fe sert dans les montagnes de Provence & de Dauphiné pourporter le vin. Je prétendois garnir chaque peau d’une soupape semblable à celle donton se sert pour enfler les balons,avec un goulot ou tuiau de deux pouces de longueurpour souffler & enfler plus commodément. Chaque cheval devoir avoir deux de cespeaux S. attachées en long, une de chaque côte, liées au-dessus de la selle, mais désen-flées ; & lorsqu’on auroit eu une rivière à passer, chaque dragon en se baissant auroicenflé i’es deux peaux fune après l'autre, pour fe jettc-r ensuite à l’eau ,& passer ainsi à laliage en mettant les deux pieds dessous, comme on ie voit dans la Figure. On peutjuger avec quelle facilité les chevaux auroient nagé; car dans l’expérience que j’ai faiteplusieurs fois, il me parut que le cheval pouvoir fe soutenir sur l’eau sans nager. Aveccette machine cinq cens chevaux iront 0Ì1 ils voudront dans le païs ennemi fans riencraindre, & fans être coupés au paflàge d’une rivière ; & lorsqu’on en passe plusieurs,il est impossible qu’on puisse jamais les atteindre. Beau moien pour pousser lescontributions aussi loin que l’on veut.
CHAPITRE IX.
Discours de M agile , Roi des Gaulois , £j? dl Annibal aux Carthagi-nois. Combat entre deux partis envolés à la découverte. Passagedes éléphans. Extravagance des Hìjloriens Jur le pajj'age des Alpespar Annibal.
A Nnibal maître du passage, & en même tems victorieux, pensaaiiíìi-tôt à faire passer ce qu’il restoit de troupes fur l’autre bord,& campa cette nuit le long du fleuve. Le matin fur le bruit que la flot-te des Romains étoit arrivée à Pembouchure du Rhône, il détachacinq cens chevaux Numides pour reconnoître où étoient íes ennemis,combien ils étoient, & ce qifils saifoient. Puis après avoir donné sesTome IV*