64 HISTOIRE DE P O L Y B E;
fondre de plusieurs côtés fur cette arriêregarde. 11 périt là grand nom-bre de Carthaginois, beaucoup moins cependant fous les coups desBarbares, que par la difficulté des chemins. 11s perdirent là fur toutbeaucoup de chevaux & de bêtes de charge, qui dans ces défilés & furces rochers escarpés fe soutenant à peine, tomboient au premier choc.Le plus grand désastre vint des chevaux blessés, qui tomboient dans cessentiers étroits, & qui en -roulant poussoient «Sc renverfoient les bêtesde charge & tout ce qui marchoit derrière.
Annibal,'pour remédier à ce désordre, qui, par la perte de fes mu-nitions, alloit l’expofer au risque de ne pas trouver de salut, mêmedans la fuite courut au secours à la tête de ceux qui pendant la nuits’étoient rendus maîtres des hauteurs,& tombant d’en haut fur les en-nemis, il en tua grand nombre; mais dans le tumulte & la confusionqu’augmentoit encore le choc & les cris des combattans, il perdit aussibeaucoup de son monde. Malgré cela la plus grande partie des Allo-broges fut ensin défaite, & le reste réduit à prendre la fuite. II fit en-íuite passer ces défilés, quoiau’avec beaucoup de peine, à ce qu’il luiétoit resté de chevaux «Sc de bêtes de charge : puis fe faiíànt suivre deceux qui lui parurent le moins fatigués du combat, il fut attaquer laville d’où les ennemis étoient sortis fur lui. Elle ne lui coûta pas beau-coup à prendre. Tous les habitans, dans l’efpérance du butin qu’ilscroioient faire, l’avoient abandonnée. 11 la trouva presque déserte.Cette conquête lui fut d’un grand avantage. 11 tira de cette ville quan-tité de chevaux , de bêtes de charge «Sc de prisonniers, & outre cela d ubled & de la viande pour deux ou trois jours, fans compter que par-làil fe fit craindre de ces Montagnards, «Sc leur ôta i’envie d’interrompreune autre fois fa marche.
II campa dans cet endroit, «Se s’y rafraîchit un jour entier. Le len-demain Ton continua de marcher. Pendant quelques jours la marchefut assez tranquille. Au quatrième, voici un nouveau péril qui se pré-sente. Les peuples qui habitoient fur cette route, inventent une rusepour le surprendre. 11s viennent au - devant de lui portant à la maindes rameaux d’olive «Sc des couronnes fur la tête. C’eft le lignai de paix& d’amitié chez ces Barbares, comme le caducée chez les Grecs. Celaparut suspect à Annibal ; il s'informa exactement quel étoit leur dessein,quel motif les .amenoit. Us répondirent qu’aiant fçû qu’il avoit pris uneville fur leurs voisins, «Sc qu’il avoit terrassé quiconque avoit ose lui te-nir tête, ils venoient le prier de ne leur faire point de mal, «Sc lui pro-mettre de ne lui en faire point ; s’il doutoit de leur bonne foi, qu’ilsétoient prêts à donner des otages.
Annibal hésita longtems fur le parti qu’il devoit prendre. D’un côté,en acceptant les offres de ces peuples, il y avoit lieu d’efpérer que cettecondescendance les rendroitpíus réservés «Sc plus traitables. De l’autre,en les rejettant, il étoit immanquable qu’il 3’attireroit ces Barbares íur
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