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Tome quatrieme.
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74 HISTOIRE DE POLYBE,

Colonnes des deux côtés de la petite rivière de Romanche, qui fe replie du côté <îumont de Lens, où il dut camper h une lieuë en-deçà. II monta le lendemain cette mon-tagne , qui est fort difficile & fort escarpée, où il y a un chemin taillé dans le roc eiìplusieurs endroits, & descendit jusqu’au Lautaret. II y eut là un combat contre ceuxdu païs. II passa le lendemain cette montagne couverte de neige, mais pas difficile, oùPolybe dit qu’ii commença d’entrc-'r dans les hautes Alpes; mais ce n’étoit sûrement pasle plus dangereux de fa marche: car de là jufqu’à Briançon le païs est aífez ouvert,quoique les montagnes des deux côtés soient sort élevées. II dut camper dans la valléeà une lieuë de Tendrait où est aujourd’hui Briançon & des bords de la Durance, n’y-aiant qu’une marche du Lantaret.

Tite-Live lui fait paíìër cette rivière, & Tìte-Live a raison, quorqu’il soit bien peuraisonnable dans la description qu’il fait de cette marche. II Test encore moins dans lepassage de cette rivière, qui n’c-st qu’un fort petit ruiíìeau: car pour rendre iâ narra-tion plus recommandable, il a eu recours à la fiction & au merveilleux, & a fait unegrande & impétueuse rivière d’un filet d’eau. Polybe, plus véritable Le plus sensé, n’errdit pas un mot, & ne fait aucune mention des rivières que ce grand Capitaine a tra-versées dans íà marche après celle du Rhône. La raison de cela est qu’il n’en paíîàaucune r car le Drac est fort peu de chose, & guéablepar tout, lorsqu’il n’est pas grosiïpar les pluies ou par la fonte des neiges.

Annibal dut,comme je l’ai dit camper près de Briançon; il monta le lendemain lemont Genévre,& il dut camper dans la petite plaine qui est au-deíìus ,ct le descenditle lendemain pour aller à Sezanne ,où il campa certainement, pour passer le mont deSestriéres. C’eít Tendrait où il dut trouver des ennemis en grand nombre & de grandsembarras, à cause des neiges,qui commencent à tomber vers la fin de Septembre,&au mois d’Octobre, tous les chemins sont fermés de- là jufqu’à Pennée de la vallée dePrajelas. Les pas sont très-dangereux & très-peu pratiquabìes, & le sont toujours da-vantage lorsqu’on a les ennemis fur les bras. II gagna enfin le col de la Fenêtre qu’ilavoit à fa gauche par le haut des montagnes. C’est fur le plateau de cette montagne,où est aujourd’hui le village de Barbottet, qu’Annibal dut camper, asin de fairetravailler aux chemins pour descendre à Fenestréles.

On juge d’une marche d'armée, non parla longueur du chemin, mais parles défilésct les difficultés qu’on y trouve: car dans une saison telle que celle qu’Annibal prit pourtraverfer les Alpes, il y a trois grandes marches depuis le col de îa Fenêtre jusqu’aubord du Pô, c’est-à-dire, dans la plaine du Piémont. C’est dans ce camp de Barbot-tet, je Tappelle ainfi, qu’Annibal fit remarquera ses soldats toute la plaine du Piémontjusqu’au païs des Insubriens. Il n’y a que ce ícul endroit au plus haut du col de la Fe-nêtre d’où l’on puiíìè découvrir l’ítalie, mais il n’y a personne qui puifiè dire qu’il aitdécouvert la plaine du Piémont à trois grandes marches, pas. même à deux lieues de laplaine, à cause de la hauteur des montagnes interposées qui en dérobent la vûë» J’aifait plusieurs campagnes dans ce païs-là pendant les deux guerres de 1688. & dans ladernière de 1701. & passé des hivers entiers dans ces vallées. On me permettra d’êtreun peu décisif fur ce point que je poíféde bien. Cola me fiéd beaucoup mieux qu’ùun autre qui ne les aura ni vues ni étudiées, comme j’ai fait dans les Alpes,& dans lesPyrénées, je cherchois à me rendre utile en ce tems-là, fans sçavoir que cette étu-de dût me servir un jour pour toute autre chose que pour celle de la guerre.

Annibal entra dans la plaine à la tête- d’une armée plus ruinée, plus misérable. &plus débiítéc que s’il eût perdu trois batailles. Le voilà placé où il doit être pour avoirassure a ceux de Turin, & pour continuer fa marche le long du Pô-, qu’il lais-sa toujours à íù droite.