86 HISTOIRE DE POLYBE,
une perpétuelle défiance, se réglant fur ce qu’il voit, & occupant fans cesse les hauteur?mutant qu’il lui est poflible. Dans celles qui ne lui paraissent pas pratiquables, qui for-ment la vallée où il est engagé, il doit s’informer, avant que d’y entrer, s’il n’yauroitpas quelques chemins de revers par où 1 ennemi peut monter. En ce cas-là il doit dé-tacher du monde avec des guides fidèles pour s’en saisir & les cotoier des deux côtésopposés ; enfin il ne doit négliger ni rien mépriser des précautions qui parodient lesmoins néceflaires, car ce qui semble peu de chose dans ces sortes de païs ne lest pas.Comme il peut arriver qu’il trouvera i ennemi dans quelque allée pour lui en disputerl'entrée, ou qu’il viendra par d’autres qui versent dans fa marche pour l’attaquer outomber fur son arriéregarde, voici l’ordre de bataille sur lequel je voudrois combattredans ces lieux resserrés, toujours avantageux au foible, brave & entendu.
Je ne vois point de meilleure façon de íè ranger & de combattre dans les lieux reflèr-rés, où de grandes armées ne peuvent se déploier, & particulièrement dans les valléesprofondes & des détroits de montagnes , que Tordre par Colonnes; où quatre bataillonsrangés selon laméthode d’aujourd’hui peuvent h peine suffire, l’on est assuré d’opposerau moins douze Colonnes avec des intervalles égaux à ceux que nous donnons entre lescorps dans une bataille rangée. La confusion ne íçauroic jamais se mettre dans ma mé-thode, les mouvcmensen font subits & promts, les Colonnes se succédant en entrantles unes dans les autres fans peine & fans trouble. Comme j'oppose le triple tout aumoins de bataillons dans un terrain égal à celui de mon ennemi, j’ai encore cet avantagede combattre fur un nombre beaucoup moindre de lignes ;.au iic-u que celui-ci en op-posant infiniment plus, & quatre bataillons contre, douze,il ne fcnuroit me résister,&tout ce qu’il a au-delà de les quatre premières lignes lui est inutile. Dans ma façon decombattre tout agit tout d’un tems & d’un même mouvement, soit d’attaque ou de re-traite. Si le terrain rétrécit, on double les Colonnes, & elles se trouvent en ordre demarche ainsi que de combat. Si le terrain s’ouvre insensiblement, on les dédouble.II n’en est pas de même dans la façon de se ranger & de combattre aujourd’hui, && lorsqu’on combat sur plusieurs lignes redoublées sujettes à se confondre & à fe de-sordonner par la foiblestè de nos bataillons, qni combattent fur un grand front & furpeu de hauteur. Alors le flottement est d’autant plus dangereux, que le terrain où ilsmarchent est toujours inégal & peu propre pour les corps ordonnés de la forte.
Si Tennemi rangé ainsi que je viens de le dire est attaqué, fi la première ligne (2) estrenversée par le choc de mes Colonnes (3), comme il est impossible que cela n’arrive ,& que la seconde (4) passant entre les intervalles de (3) attaque la seconde ennemie(5) ; ' est-il bien poflible que le nombre des fuiards de ces deux lignes puisse s’écoulerentre les espaces des corps de la troisième (6)? Ils y mettront infailliblement le désor-dre & la confusion d’autant plus aisément, qu’ils se verront suivis par les deux victo-rieuses, contre lesquelles il est impossible de résister. Voila comme il arrive qu’unegrande armée peut être battue par une autre qui lui sera très-inférieure:car il faut quela défaite très-aisée & infaillible des deux ou trois premières lignes amène nécesstire-mcnt celle de toutes les autres, fans qu’il soit possible que les premières trou-vent des retraites & empêchent quelles ne se renversent sur toutes les autres,&
qu’elles ne les emportent & ne les entraînent avec elles. Rien de plus démon-stratif que cette proposition : & comme il y aura un grand nombre de lignes, la con-fusion s’y trouvera plus grande.
Je range ma cavalerie (7) à la queue de mes lignes de Colonnes que je formede deux ou de trois sections, les compagnies de grenadiers (8) inférées à l’ordinai-re à la queue des eseadrons de ma cavalerie & derrière mes Colonnes, pour leur fer-