LIVRE III CHAP. XIII icî
rintrepiáíté dc l'habijc- Général, je m'imagine qu’il dtn être cruellement agité dans bfond de son ame. Les Alpes étoient une barrière déformais impénétrable, aulii bien querout le pais jufqu’aux Pyrénées; ç'c-ût été une témérité, que dis-je, une résolutionfolle & insensée que de penser à lé retirer, Sa perte devenoit inévitable, s’il eût prisun tel parti. U ne voioit rien en arriére qui pût le tirer des embarras où lés affairesétoient alors réduites;'ainíi la nécessité l’obligc-a à tenter.la fortune des armez. Un Gé-néral d’armée qui lé trouve engagé dans un fi affreux défilé, en prenant une résolutiontout-à-iait-extrême,fuie bien plutôt les idées de la prudence que celles de l’impruden-ce ou de la témérité. La nécessité tourne en sagesse, ce qui feroit visiblementtéméraire & insensé lans elle.
Ceux qui lé trouvent entre deux périls, dont "un est insurmontable en apparence;& sature évident & affûré, feroient un trait de grande imprudence de choilìr celui-ciplutôt que l'autre: que s’il faut périr, l'honnête & le glorieux est toujours préférableà ce qui ne l'est pas. C’cst à peu près la situation où lé trouvoîr Annibal après lepaflàge des Alpes,des deux il fçut choisir le moindre. Sa retraite étoit réellement im-possible-; s’il eût eu plus à espérer dans celle-ci que dans l'autre, j ai alièz bonne opi-nion de fa lìigelíè & de la prudence pour croire qu’il eût pris.le parti de- fe retirer. Ç’au-roit été (ans--défiance- de son courage & de fa capacité dans les armes. II ne lé fût défiéque de ce qui ne dépendoit pas de ses lumières & de son pouvoir. De l’impoffible kl’incertain ou au très-douteux ,il n’y a point à délibérer. Annibal prc-nd celui-ci com-me très-iàge & très-prudent, qui feroit fou dans toute autre conjoncture, & va atta-quer avec une poignée à gens tine Puitlànce formidable, non des Perses efféminés, sonsdiscipline,& des Généraux ignorans & fans aucune expérience,comme fit Alexandre,mais des Romains'braves, aguerris toujours prêts à lé relever & h recommencer sonsperdre cœur par leurs disgrâces-, toujours supérieurs en nombre & à eux-mêmes. LeGénéral Carthaginois ose bien les aller attaquer jusques chez eux, íì foible & si dé-pourvu-de moiens pour soutenir une telle guerre, que cela tient du prodige. La né-cessité Py contraint plutôt que la raison : le cœur sseléve & s’afi'ermit au moment queles malheurs & lés maux sont parvenus a bur comble. Lorfqu’on n’a plus rien à per-dre, & que notre salut est à la pointe de nos armes, on ne craint plus d'être vaincu^& l'on est affûré de vaincre par cela seul qu’on ne craint plus. On trouve alors desressources, parce que l’efprit s’assine &-sectaire par la nécessité. Annibal, qui voioitd’abord la perte comme infaillible, commence à espérer du grand pouvoir d’une pe-tite armée à la vérité; mais qui n’a d’autre ressource qu’en elle-même & dansun Chef habile & éclairé qui la conduit & qui la méne. II volt des sentiers assu-rés, où les courages & les esprits médiocres n'enrôlent trouvé qu’iiiuíìons & des espé-rances chimériques. Encore un coup, il ose tout espérer de son grand cœur, deson habileté & de l’audace de ses troupes braves, aguerries & animées par cette puis-sante nécessité, plus forte que le nombre & la valeur, & qu’aucune autre arme quine combat pas avec elle. Ce qui l’inquiétoit je pense le plus, étoit l'incertitude oùil se trou vol t à l’égard des Gaulois inlubriens & Cénomans. II pouvoir douter rai-sonnablement, vû la situation de ses affaires, qu’ils oíasiènt se déclarer en fa faveurpar-la considération de fa foibleíìè. On ne doit pas attaquer un puissant ennemi lors-qu'on est en état de lui résister; les Gaulois ne pouvoient-ils pas alléguer cette maxi-me au Général Carthaginois, - pour fe dispenser de se joindre à lui? Mais leur hainecontre'les Romains, la passion de secouer le joug de leur domination.& de recou-vrer leur liberté, les détermina à se jetter dans le parti de Carthage ; ce qu’ils n’euf-fènt jamais faic, íì la défaite de Scipion, &-ses démarches timides & irréguliérea
N 3.